La rupture politique entre le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye et son désormais ex-Premier ministre Ousmane Sonko sonne comme un véritable séisme en Afrique de l’Ouest. À peine deux ans après leur victoire historique portée par une même dynamique populaire, le tandem qui incarnait l’espoir d’un renouveau politique sénégalais vole en éclats.
Au-delà du Sénégal, cette crise relance un vieux débat dans les formations politiques africaines : peut-on durablement gouverner avec un “plan B” imposé par les circonstances ?
En Côte d’Ivoire, cette actualité donne rétrospectivement du crédit à la position de Laurent Gbagbo lorsqu’une partie de ses militants et certaines opinions suggéraient une candidature alternative face à son inéligibilité. L’ancien président avait clairement rejeté cette option. Pour lui, un “plan B” pouvait rapidement devenir un “plan contre A”, avec tous les risques de fracture, de rivalité de légitimité et de guerre de leadership que cela implique.
L’expérience sénégalaise semble aujourd’hui illustrer cette crainte. Car même lorsque deux hommes partagent un combat, une vision ou une victoire, l’exercice du pouvoir finit souvent par révéler des ambitions concurrentes. Le président légal et le leader politique réel entrent alors dans une cohabitation fragile où chacun revendique une part de l’autorité populaire.
Laurent Gbagbo avait probablement compris qu’en politique, surtout en Afrique, le pouvoir ne se partage jamais totalement. Celui qui accepte de céder momentanément sa place prend le risque de perdre définitivement le contrôle de son mouvement.
Le Sénégal rappelle ainsi une vérité brutale : un plan B peut parfois apparaître comme une stratégie intelligente ; mais il peut aussi devenir une balle politique tirée contre soi-même.
O.L