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Mercredi, 04 novembre

GONTOUGO : L'HEURE DU PARDON ENTRE L'ÉLÉPHANT ET LE LION

Publié le 04 novembre 2026 à 07:20
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Deux parcours, deux légitimités, une même terre, voilà le rêve des populations, voir Adjoumani et Siaka ensemble pour leur bonheur
Deux parcours, deux légitimités, une même terre, voilà le rêve des populations, voir Adjoumani et Siaka ensemble pour leur bonheur

Tanda - Bondoukou. Le discours de l'unité prononcé à Tanda et les rivalités ouvertes à Bondoukou à l'approche des législatives mettent le RHDP face à son propre test. L'heure est venue de réconcilier deux bâtisseurs du Zanzan.

Il y a le marché. Et il y a le symbole. Dimanche 11 octobre 2026, à Tanda, le ministre d'État, conseiller spécial du président de la république, Kobenan Kouassi Adjoumani inaugurait le nouveau marché moderne. Devant le maire Koné Amadou qui l'interpellait : « Souffrez qu'on vous critique », le ministre a prêché l'humilité.
« Je ne m'opposerai jamais à l'ascension d'un des miens », a-t-il affirmé. « Si on demande mon avis, le président est là, je ne suis jamais allé lui dire : président, un tel, il est mauvais. Ce n'est pas le rôle que je dois faire. Et jamais je ne le ferai. »
Avant d'ajouter : « On aime être ensemble au moment des élections. Et quand les élections finissent, chacun prend sa voie. Il ne faudrait pas qu'à l'occasion des élections, on soit divisés. »
Un discours d'union. Beau, nécessaire. Mais qui résonne aujourd'hui comme un miroir tendu à sa propre famille politique, à quelques kilomètres de là, dans le département de Bondoukou.

Deux parcours, deux légitimités, une même terre

Kobenan Kouassi Adjoumani, l'Éléphant Blanc du Zanzan. C'est l'ancrage politique le plus long de Côte d'Ivoire. Député de Tanda depuis 1995 sans interruption, soit 31 ans. Ministre depuis 2002 sous tous les régimes. Aujourd'hui ministre d'État, conseiller spécial à la Présidence, président du conseil des sages et de la médiation du RHDP et président du Conseil Régional du Gontougo, remporté en 2023 avec 48,89% des voix.
Son bilan politique : 10 députés sur 12 acquis au RHDP dans le Gontougo, 5 communes sur 7, 2 sénateurs. Un fief historique du PDCI devenu bastion RHDP.
Son bilan social : une électrification passée de 29,9% en 2011 à 90,2% en 2025, le prix garanti du cacao à 2800 FCFA/kg avec le rachat de 123 000 tonnes et le programme C2D3 pour l'emploi jeune. C'est le 3ème à occuper la fonction de ministre d'État conseiller spécial après Jeannot Ahoussou et Patrick Achi.
Ouattara Siaka, le Lion du Gontougo. L'autre visage du territoire. Originaire de Nagabaré, sous-préfecture de Taoudi, département de Bondoukou, fils de planteur. Président du MFA, parti membre fondateur du RHDP depuis 2005, élu par acclamation par 5 000 militants à Bondoukou en mars 2018. Secrétaire d'État chargé du Service Civique de 2018 à 2021. Secrétaire du RHDP chargé du secteur de Laoudi-Ba, celui qui a implanté le parti village par village dans le Bondoukou profond.
Ex Député de la circonscription 074, son empreinte est moins institutionnelle, plus terre-à-terre. Sur les 65 villages que compte Lla circonscription 074, il revendique 95% d'interventions sur fonds propres : installation de réseaux HVA, construction et finition d'écoles à Nagabaré, dans les sous -préfecture de Taoudi, Laoudi-Ba, Yezimala , Bondo , Sapli-sepingo, réhabilitation de centres de santé, reprofilage de pistes, forages et soutiens constants aux femmes, aux jeunes et aux coopératives.
Deux bâtisseurs. L'un par l'État, l'autre malgré l'État. Et c'est précisément là que le bât blesse.

Ce qui divise : le prix de l'indépendance et la gestion du pouvoir

La fracture porte un nom : les législatives de décembre 2025. Réclamé par sa base de Laoudi-Ba qui voulait une candidature locale, Ouattara Siaka a choisi de se présenter en indépendant face à la liste officielle RHDP.
Conséquence politique immédiate : il perd son poste de Secrétaire RHDP de Laoudi-Ba, retiré par le Directoire. Il se retrouve, selon ses proches, réduit à militant de base, sans poste, retiré dans ses plantations de Nagabaré.
À l'approche des législatives de 2025, le scénario se répète. Selon plusieurs sources concordantes au sein de l'appareil RHDP du Gontougo, le ministre d'État Adjoumani, dont l'avis pèse à la Rue Lepic pour les investitures, aurait refusé de soutenir la reconduction de Ouattara Siaka.
C'est ce qui crée le porte-à-faux avec le discours de Tanda. Comment prôner « je ne serai jamais un obstacle à votre ascension » et être perçu comme l'obstacle principal à la reconduction d'un fils de la région, ministre de la République et parlementaire sortant ?
De l'autre côté, le camp Adjoumani fait valoir la discipline du parti. Se présenter contre le RHDP quand on en est un cadre, c'est se mettre soi-même en marge. Dans cette lecture, soutenir une candidature dissidente serait fragiliser l'appareil qu'il a mis 20 ans à construire.

Le temps du pardon : ce que chacun doit entendre

Depuis, des tentatives de rapprochement ont été menées. Des sages de Taoudi, des responsables du directoire du RHDP, des cadres de Bondoukou et de Tanda ont tenté des médiations, de jour comme de nuit. Elles se sont heurtées, selon nos informations, à une opposition farouche au sein des deux entourages, où chaque camp entretient la rancœur. C'est ce cercle qu'il faut briser.
Adjoumani doit entendre que la force d'un leader ne se mesure pas seulement à sa capacité à gagner des élections, mais à sa capacité à rassembler après. L'unité prônée à Tanda ne peut être à géométrie variable : on ne peut accepter la critique du maire et sanctionner l'abstention d'un conseiller.
Ouattara Siaka doit entendre que la légitimité du terrain ne peut durablement s'affranchir de la légitimité du parti. Aller en indépendant a un coût politique. On ne peut réclamer la maison commune après en avoir claqué la porte sans en assumer les conséquences.
Le Gontougo n'a pas besoin de choisir entre l'Éléphant et le Lion. Il a besoin des deux. L'un pour porter la voix du Zanzan au sommet de l'État, l'autre pour garder le contact avec le peuple profond de Nagabaré, des sous-préfectures de Taoudi, Laoudi-Ba, Yezimala, Bondo et Sapli-sepingo.
Les populations, elles, ne demandent ni sermons ni rugissements. Elles demandent des routes, de l'eau, des écoles, de l'électricité. Elles demandent que l'unité inaugurée à Tanda ne reste pas dans l'enceinte d'un marché.
Pardonner, ce n'est pas oublier. C'est reconnaître sa part. S'unir, ce n'est pas se soumettre. C'est construire.
C'est le sens de l'appel de Bondoukou.

Hosanna JP de Chantal