Je ne sais pas si vous vous en souvenez, mais cette année 2026 avait été décrétée « année de la souveraineté alimentaire ». Cela voulait dire, si j’ai bien compris, que cette année, nous devrions être indépendant sur le plan alimentaire, ou tout au moins tendre vers cette indépendance.
J’avais lu ces lignes dans un document consacré à cette souveraineté alimentaire : « la Côte d’Ivoire s’est engagée à accroître sa production alimentaire, réduire sa dépendance aux importations et promouvoir la transformation locale de ses produits agricoles. » On avait parlé dans ce document de développer la pêche et l’élevage, tout en luttant contre la malnutrition chronique, particulièrement dans les zones rurales.
En mars dernier, j’avais consacré une chronique à ce sujet et j’avais écrit ceci : « pour être très honnête, je reste très sceptique lorsque je lis de tels propos. Parce que cela fait très longtemps que l’on nous le sert, et surtout, une fois que l’on a dit cela, on ne nous dit pas ce que l’on va faire concrètement. »
Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais l’année 2026 finira dans un peu moins de deux mois. Je ne sais pas si c’est pendant ce laps de temps que nous atteindrons cette souveraineté alimentaire.
Sinon, qu’avons-nous fait depuis le début de l’année pour y parvenir ? Nous continuons de manger du pain fait avec du blé acheté en Europe ou à la Russie, et d’ailleurs on n’a jamais vu autant de boulangeries que ces dernières années.
Avons-nous cherché une alternative au blé ? Sommes-nous obligés de manger du pain fait avec du blé ? Avons-nous cherché à accroitre notre production d’igname, de banane, de mil, de maïs, de sorgho, de fonio, de tarot, de manioc ?
Nous continuions de nous taper la poitrine en criant que nous sommes le premier producteur mondial de cacao et de noix de cajou, mais rien de tout cela ne se mange. D’ailleurs les Occidentaux sont en train de chercher à fabriquer du chocolat sans utiliser de cacao. Nous devons savoir dès à présent qu’à une échéance pas très lointaine, nous aurons tout notre cacao sur les bras, sans personne pour l’acheter.
Je crois que si nous étions malins, nous chercherions à produire autre chose que des biens que nous ne consommons pas.
L’UNESCO nous a donné un sacré coup de pouce en inscrivant notre Attiéké à son patrimoine mondial, mais depuis lors, qu’avons-nous fait pour industrialiser sa fabrication, pour l’accroître, voire l’exporter ? Les femmes continuent de le fabriquer au bord des routes, dans des conditions sanitaires plus que douteuses, et nous n’avons pas développé la culture du manioc.
Qu’avons-nous fait pour développer la pêche dans nos eaux ?
Nous avons laissé les orpailleurs polluer complètement nos fleuves et rivières avec des produits aussi dangereux que le mercure et le cyanure, nos eaux maritimes sont pillées par des navires étrangers, nous avons arraché leur rizière aux femmes d’Angolokaha près de Niakaramadougou pour l’offrir aux Chinois afin qu’ils y exploitent de l’or, nous avons laissé les mêmes orpailleurs saccager nos forêts, nos champs et d’ailleurs plus personne ne veut aller travailler la terre.
Parce que travailler la terre avec seulement la machette et la daba est trop pénible, et nous n’avons pas cherché à mécaniser notre agriculture. C’est vraiment compliqué à faire ? Comment les autres y sont-ils parvenus ?
Qu’avons-nous fait pour développer l’élevage ?
Je l’ignore et je souhaiterais être éclairé sur le sujet. Pour le moment ce que j’ai entendu est que l’on va mettre des puces électroniques sur nos cabris, bœufs et moutons. Je ne sais pas si cela les multipliera ou les fera grossir.
Je crois que nous devrions nous engager résolument vers cette souveraineté alimentaire. Cela ne devrait pas être une option pour nous, mais une nécessité.
Un pays comme le nôtre qui ne se trouve pas dans le Sahel, qui est au bord de la mer, qui connaît une bonne pluviométrie et est irrigué par quatre grands fleuves, devrait être capable de se nourrir lui-même et même de nourrir ses voisins.
Et souvenons-nous de ce que Houphouët-Boigny disait : « un homme qui a faim n’est pas un homme libre. » De même, un pays qui n’est pas capable de se nourrir n’est pas un pays libre.
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