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Lundi, 02 novembre

Tanda - Projet minier Assafo-Dibibango : les maisons témoins ouvrent le débat sur la reconstruction de deux villages

Publié le 02 novembre 2026 à 09:45
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Posant pour la postérité, les autorités administratives, coutumières et politiques ainsi que les responsables de la société Endeavour mining,
Posant pour la postérité, les autorités administratives, coutumières et politiques ainsi que les responsables de la société Endeavour mining,

À Iguela, la Société des Mines d’Assafo-Dibibango (SMAD), filiale d’Endeavour Mining, a remis officiellement les maisons témoins destinées à la relocalisation d’Assafo et de Dibibango. Entre leçon de Kossou, engagement de ne déplacer personne avant livraison, et trois semaines de consultation, la cérémonie a posé les bases d’une reconstruction négociée.

IGUELA (TANDA) – 30 Octobre 2026. C’est sur les terres d’Iguela, qui a accepté d’accueillir sur ses terres ses frères d’Assafo, que la SMAD a franchi une étape symbolique et concrète de son projet minier.
Représentant le Directeur Général Ouattara Kassoum, M. Tie Bi Traye, Directeur des Ressources Humaines, a ouvert la cérémonie par un hommage appuyé au chef d’Iguela, à ses notables et à toute sa communauté pour « ce geste honorable de la tradition hospitalière de cette région ». Le 17 juillet dernier, la première pierre était posée. « Aujourd’hui, elles sont debout », a-t-il constaté.
Mais avant d’inviter à entrer dans les maisons, il a voulu parler du fond : « la manière dont on déplace un village ».

Tie Bi Traye : « Kossou nous a appris ce qu’il ne faut pas faire »

Le DRH a assumé un détour par l’histoire nationale. « Notre pays connaît bien cette question. Pour se donner de l’électricité qui allait porter son développement, la Côte d’Ivoire a construit les barrages de Kossou, puis de Taabo. C’étaient des choix nécessaires. Une grande partie de ce que le pays est devenu repose sur ces ouvrages. Mais à Kossou, plus de 75 000 personnes ont quitté une centaine de villages. On les a installées dans de petites maisons en alliés, pensées pour une famille réduite, alors que leur vie s’organisait autour de la grande cour. On les a installées sur des terres d’autrui, sans régler les droits coutumiers. Des cimetières sont restés sous les eaux, sans le rite demandé par les anciens. Certaines de ces blessures ne sont toujours pas fermées ».
De ces erreurs sont nées des leçons. L’État s’est doté d’un Code minier et de règles précises sur l’indemnisation et les droits coutumiers. « Les normes internationales que nous appliquons posent un principe simple : une famille déplacée ne doit pas sortir appauvrie de son déplacement. Le projet d’Assafo-Dibibango, si important pour le pays et pour le Gontougo, ne sera pas une réussite s’il refait la même erreur qui a été faite à Kossou ».
Il a ensuite répondu aux inquiétudes exprimées dans les villages et relayées dans la presse, qu’il juge « légitimes et entendues ».
« On nous dit que Dibibango est un village moderne, bâti en trois générations avec l’argent de l’anacarde. C’est vrai. C’est pour cela que nous parlons de reconstruction, pas de recasement. On nous dit qu’il n’est pas un ménage. C’est vrai aussi et j’y reviens. On nous dit enfin : venez discuter au village. C’est notre méthode ».
La méthode, a-t-il détaillé, c’est un groupe de travail mensuel réunissant les autorités, au moins cinq représentants désignés librement par chaque village affecté et le collectif des cadres. Des réunions sont tenues dans les villages avec les populations et souvent les jeunes, animées par M. Yao Obed, le social manager. « Nous ne cesserons jamais de le dire : nos parents ne devront plus prendre des messages concernant la mine depuis Abidjan. Les équipes de la Social Performance d’Endeavour sont présentes à Tanda et se déplaceront vers eux ».
Résultat : le plan de réinstallation d’Assafo est presque achevé et porte ses propres recommandations. « Merci à cette communauté. Dans les prochains jours, nous irons à Dibibango faire le même travail avec la chefferie ».
Sur la question coutumière entre Dibibango et Todjani, le ton a été ferme et respectueux : « Aucun site n’est imposé contre la coutume. Le dialogue a été établi avec les hautes autorités du royaume Brong et les membres de la communauté de Dibibango. De la même façon, aucune tombe ne sera déplacée sans les familles et sans les rites demandés par les anciens. Les hautes autorités Brong et Koulango ont également assuré de leur active implication ».
Sur les plantations, l’indemnisation suit les barèmes fixés par l’État, présentés et négociés avec les communautés, actuellement en finalisation. « Mais un chèque ne remplace pas un verger qui nourrit une famille pendant 30 ans. C’est pourquoi l’indemnisation n’est pas un solde de tout compte. C’est un programme de restauration des moyens d’existence et il sera construit avec vous ».
M. Tie Bi Traye a ensuite présenté Tanda-Vision, programme de développement économique qu’Endeavour mettra en œuvre pendant toute la durée du projet, dans l’éducation, la santé, la formation et l’emploi, l’entrepreneuriat et le contenu local. Déjà, une caravane santé a touché plus de 3000 personnes avec plus de 1600 prestations réalisées.
Enfin, sur les maisons témoins : trois modèles d’une à trois pièces, construits à l’identique de ce qui sera bâti dans les nouveaux villages, mêmes matériaux, mêmes finitions, et des plans complémentaires de maisons plus grandes et surtout de maisons en bandes regroupées en concession familiale. « Concrètement, la cour est reconstruite comme une cour. La maison du chef de cour autour des logements des autres membres de la famille pour refléter l’existant. La famille reste ensemble. Chacun garde sa place ».
Le calendrier est désormais lancé : à partir du lundi 2 novembre et pendant trois semaines, les maisons témoins seront ouvertes à toutes les personnes affectées. « Venez en famille. Rentrez dans chaque pièce. Posez vos questions ». Un appel particulier aux femmes : « Ce sont vous qui faites vivre la maison, la cuisine et la cour. Votre avis est indispensable ». Viendront ensuite la synthèse des avis, la restitution dans chaque village, la validation des plans de maisons et de lotissement. Premiers aménagements fin novembre 2026, construction d’environ 11 mois, livraison prévue fin 2027, avec écoles, logements d’enseignants, eau potable, électricité, marchés et lieux de culte.
Et l’engagement martelé : « Personne, je dis bien personne, ne quittera sa maison avant que la nouvelle soit achevée et remise. Le 17 juillet, nous avons posé une pierre pour lutter contre le terrorisme. Aujourd’hui, nous ouvrons des portes. Demain, ce sont vos villages que nous bâtirons avec vous ».

Inouss Kounda, député de Tanda : « Un village, c’est une histoire commune »

Le député Inouss Kounda a pris la parole avec, a-t-il dit, « plaisir, mais aussi avec un profond sens des responsabilités ».
« Cette cérémonie marque une étape concrète dans un processus qui touche directement à la vie de nos parents, à leur cadre de vie et à leur avenir », a-t-il souligné, avant de saluer les autorités, les équipes d’Endeavour Mining, les chefs et les représentants des communautés.
S’adressant directement aux familles : « Chers parents, nous savons ce que représente un village. C’est le lieu où l’on a grandi, où l’on a travaillé, où l’on a fondé une famille. C’est une histoire commune, des liens de solidarité, des traditions et des souvenirs transmis entre les générations. Quitter un tel lieu est une épreuve qui mérite écoute, respect et accompagnement. Les préoccupations que vous exprimez doivent donc être entendues et recevoir des réponses claires. Et je suis convaincu que la cérémonie de ce jour est l’une des réponses à nos nombreuses inquiétudes ».
Pour l’élu, les maisons témoins donnent une forme visible au futur et doivent permettre aux bénéficiaires d’examiner les aménagements, d’exprimer leurs observations et de faire connaître leurs besoins. « Je souhaite que ce dialogue soit pleinement mis à profit. La qualité des constructions, leur sécurité, leur adaptation à la taille des familles et à nos habitudes de vie sont des éléments essentiels ».
Le député a élargi la perspective : « Le projet minier porte des perspectives économiques pour notre département et pour la région du Gontougo. Notre ambition collective doit être de faire en sorte que ces perspectives se traduisent par des améliorations durables dans la vie des populations. Cela suppose des logements de qualité, mais également l’accès à l’eau potable, à l’électricité, aux écoles, aux soins et aux voies de communication. Cela suppose aussi que les familles puissent poursuivre leurs activités, préserver leurs revenus et envisager leur avenir avec confiance ».
D’où son appel à Endeavour : poursuivre les échanges, tenir les engagements, accorder une attention constante aux plus vulnérables, faire bénéficier les compétences locales, notamment la jeunesse et les femmes, des opportunités d’emploi, de formation et de fourniture, et maintenir la protection de l’environnement, des terres et des ressources en eau « au cœur de cette démarche ». « En ma qualité de député de Tanda, je serai à l’écoute des populations et je porterai leurs préoccupations auprès des interlocuteurs compétents ».
Il a conclu par un vœu : « Que ces maisons témoins ouvrent la voie à des lieux de vie accueillants, sûrs et durables, où chaque famille pourra retrouver ses repères et construire sereinement son avenir ».

Yaya Coulibaly, préfet de Tanda : « Ne pas considérer ces maisons comme de simples ouvrages de démonstration »

Le préfet Yaya Coulibaly a estimé que la cérémonie « marque une étape très importante du processus que nous avons entamé depuis plusieurs mois déjà ». Pour lui, l’inauguration des maisons témoins « constitue une étape importante dans le processus de réinstallation. Elle offre l’occasion d’apprécier concrètement les modèles d’habitation proposés et de recueillir les observations des différentes parties prenantes ».
Il a tenu à rendre un hommage appuyé au chef d’Iguela : « Chers parents d’Iguela, par votre sens élevé de la fraternité, de l’hospitalité et de la solidarité, vous avez accepté avec grande générosité d’accueillir sur vos terres vos frères et vos sœurs d’Assafo. Votre élan du cœur et votre esprit d’ouverture honore votre communauté et constitue le centre de la réussite de ce projet humain ».
Le préfet a rappelé l’équilibre à tenir : « Le développement des activités minières représente une opportunité économique importante pour notre département. Toutefois, ce développement ne saurait être tellement satisfaisant s’il ne s’accompagne pas d’une prise en compte effective des préoccupations des populations affectées. En effet, derrière chaque projet de réinstallation, il y a des familles, des habitudes de vie, des liens sociaux, des traditions et une histoire communautaire qu’il convient de préserver autant que possible ».
D’où sa ligne de conduite : responsabilité, transparence, concertation et respect des engagements. « Les maisons de témoins que nous découvrons aujourd’hui ne doivent pas être considérées comme de simples ouvrages de démonstration. Elles constituent des références à partir desquelles les populations pourront apprécier la qualité des constructions envisagées, formuler leurs observations et contribuer à l’amélioration des modèles proposés ».
Il a invité les populations d’Assafo et de Dibibango à « participer activement aux échanges », en formulant leurs propositions « de manière constructive afin de permettre à la société minière et aux équipes techniques d’apporter, dans la mesure du possible, les ajustements nécessaires ». À Endeavour Mining, il a demandé de « poursuivre ses efforts de dialogue ».
« L’administration préfectorale restera attentive à l’évolution de ce processus. Elle continuera d’assurer sa mission de suivi, de facilitation et de veille au respect des intérêts des populations », a-t-il assuré, fixant l’objectif commun : « Faire en sorte que la mise en œuvre du projet minier Assafo-Dibibango se déroule dans un climat de confiance, de compréhension mutuelle et de coexistence harmonieuse ». Il a lancé un appel pressant aux parents encore sceptiques à « une franche collaboration », en les assurant de la prise en compte de leurs préoccupations.

Nanan Kouakou Kreme, chef de Dibibango : « L’essentiel est de pouvoir rebondir »

Très attendu, le chef du village de Dibibango, Nanan Kouakou Kreme, a livré un témoignage empreint de lucidité et de résilience.
« La cérémonie s’est bien déroulée. Mais l’événement lui-même est un peu singulier. Parce que les maisons témoins sont issues d’une situation un peu difficile. En particulier les maisons témoins, c’est la joie, c’est tout, c’est l’ambiance. Mais la cause, le fait générateur même de la maison témoin, c’est une situation difficile pour les populations déplacées », a-t-il reconnu.
« Mais n’empêche, les populations ont pu apprécier. Malgré l’origine, malgré la cause de la cérémonie et ses témoins, ce sont des problèmes que nous avons rencontrés, ce sont les vicissitudes de la vie. On ne peut pas faire autrement, on va faire avec, essayer de nous adapter à tous ces changements. Surtout pour pouvoir rebondir. C’est ce que je veux dire à mes compatriotes, aux populations des villages déplacés. L’essentiel est de pouvoir rebondir. Et ne pas rester à terre parce qu’on est tombé. Et je crois que Dieu nous aidera à rebondir ».
Un message complété par Koffi Kra, au nom du chef d’Iguela : « Nous voulons que cette maison soit solide, digne et à l’image de ce que nous sommes. Nous remercions la société Endeavour pour ce premier pas qui montre sa volonté d’aller avec nous dans la vérité et le respect ».
Les jeunes des deux villages, tout en saluant la qualité des matériaux, ont pointé des détails à améliorer : salon jugé petit, cuisine à améliorer, carrelage de douche, absence de lavabo et de placards, autant de points qui devront être consignés durant les trois semaines de consultation à venir.

Hosanna JP de Chantal