Une mobilisation de jeunes pour exiger le respect d'une promesse du Chef de l'État a viré à la tension sur l'axe Bondoukou-Abidjan. Gaz lacrymogènes, débandade, puis retour au calme à la préfecture.
Bondoukou a évité le pire
Mercredi 28 octobre 2026. Il est un peu plus de 9 heures. Bondoukou, la ville aux mille mosquées, chef-lieu de la région du Gontougo, se réveille dans une atmosphère électrique.
Sur l'axe Bondoukou-Abidjan, au niveau du chantier de bitumage de la voie principale A1, des dizaines de jeunes investissent la chaussée. Leur revendication est claire, unique, martelée depuis des mois : l'aménagement de l'entrée de la ville en deux fois deux voies, comme promis par le Président de la République Alassane Ouattara. Sur le terrain, ce qu'ils voient est tout autre : des travaux en une fois deux voies en cours d'exécution.
Le barrage s'installe. La circulation est perturbée. Très vite, les forces de l'ordre interviennent. Jet de gaz lacrymogènes et de fumigènes au carrefour 911. C'est la débandade. Sur place, c'est la panique. Nous avons nous-mêmes pris la poudre d'escampette pour ne pas être victime de la bousculade.
Heureusement, la jeunesse de Bondoukou a fait preuve d'une maturité exemplaire. Elle n'a pas répondu à la provocation. Elle a eu le nez creux. Plutôt que l'affrontement, elle a choisi la voie du dialogue. Direction : le bureau du Préfet de région.
"Nous avons reçu une promesse"
Sur le site occupé, les porte-voix ne manquent pas. Alexis Adjoumani Kouadio, représentant du Conseil national des jeunes de Côte d'Ivoire (CNJCI) à Bondoukou, donne le ton : « Nous avons reçu la promesse d'une voie en deux fois deux voies, mais elle n'a pas été respectée. Nous demandons à qui de droit de faire en sorte que cet engagement soit tenu ».
Pour lui, Bondoukou ne doit pas rester en marge. « Toutes les grandes villes du pays bénéficient de grands aménagements. Pourquoi pas Bondoukou ? »
Même son de cloche chez Malouss Touré : « Nous avons occupé la voie pour revendiquer une infrastructure routière pour l'avenir de Bondoukou. Toutes les grandes villes de Côte d'Ivoire disposent de grandes voies, et nous souhaitons que notre ville bénéficie également d'une route en deux fois deux voies, comme cela nous a été promis ».
El Hadj Ouattara Mama, lui aussi présent, rappelle que la revendication porte précisément sur l'entrée principale de la ville.
Au milieu de la foule, le président de la jeunesse communale, Samby Valentin, joue les pompiers. « En tant que premier responsable de la jeunesse communale, je suis venu appeler les jeunes au calme et rechercher, auprès des autorités, les bonnes informations afin de préserver la paix et la cohésion », explique-t-il. Il insiste cependant : cette infrastructure est vitale pour le développement de la ville.
Le Préfet en pompier et négociateur
Le tournant de cette folle journée se joue à la préfecture. Le Préfet de la région du Gontougo, Préfet du département de Bondoukou, Kouadio Gbongbo André, reçoit les jeunes. En fin négociateur, il trouve les mots justes pour mettre tout le monde d'accord.
Son message est ferme mais paternel : « Je vous ai compris. Mais sachez une chose. Un tien vaut mieux que deux tu l'auras. Laissez l'entreprise continuer ses travaux et faites-moi parvenir vos propositions ».
Il appelle les jeunes à privilégier le dialogue et invite l'entreprise chargée des travaux à poursuivre le chantier.
« Faites des propositions, élaborez votre livre blanc. Je vais le transmettre à vos cadres et nous verrons ensemble les actions à mener. Mais ne dites pas que les travaux doivent s'arrêter », a-t-il déclaré.
Le Préfet explique que la réalisation des infrastructures doit tenir compte des contraintes techniques, de la configuration des espaces disponibles et des ressources de l'État. Il insiste également sur le respect des règles d'occupation des emprises routières et la prise en compte de l'intérêt général.
Face à lui, Samby Valentin propose une solution concrète : la création, sous l'autorité du Préfet, d'un comité d'évaluation réunissant les représentants des jeunes, les services techniques et l'entreprise. Une instance chargée d'examiner la situation et de rechercher des solutions adaptées. D'autres intervenants plaident pour un cadre de concertation plus large associant services déconcentrés de l'État, collectivités, jeunesse et société civile.
Au terme des échanges, l'accord est scellé par une photo de famille. Le Préfet réaffirme sa disponibilité à accompagner la démarche. Les travaux continuent. Le livre blanc, lui, est en préparation. Bondoukou a évité l'affrontement.
Hosanna JP de Chantal