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Jeudi, 08 octobre

SOROBANGO-TAGADI : SOULE YOKO, LE CADRE QUI A TRANSFORMÉ L'EAU EN ACTE SOCIAL

Publié le 07 octobre 2026 à 15:45
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Souleymane Ouattara. Pour ses parents, on ne l'appelle plus Souleymane. On dit désormais "Soule Yoko".
Souleymane Ouattara. Pour ses parents, on ne l'appelle plus Souleymane. On dit désormais "Soule Yoko".

Il était là, au milieu des siens. Pas en invité de marque, mais en fils de la terre. À la double fête du Maouloud et du Domba Kroko, Souleymane Ouattara a imposé plus qu'une présence : une méthode. Celle d'un financier devenu bâtisseur de puits.

SOROBANGO - L'appel de la mutuelle a suffi. Venus de Bondoukou, de Bouna et surtout d'Abidjan, les cadres de la sous-préfecture de Sorobango et de Tagadi ont convergé vers le village pour trois jours de communion. Au cœur de la foule, un homme au boubou simple, très sollicité : Souleymane Ouattara. Pour ses parents, on ne l'appelle plus Souleymane. On dit désormais "Soule Yoko". Soule l'eau. Un surnom qui n'est pas un slogan de campagne. C'est un bulletin de notes populaire.

Une fête à trois visages : prévention, prière et communion

Il faut comprendre ce que représente cette célébration pour saisir l'enjeu de sa présence. Ce n'est pas une simple fête. "Déjà cette cérémonie, c'est Doma et Doma Kroko. Doma Kroko, c'est une cérémonie du village, notre tradition. Par contre Doma, c'est une cérémonie religieuse que tout le monde connaît sous le nom de Maouloud", décrypte Souleymane Ouattara, en marge des prières conduites par l'autorité morale du village, El Hadj Ouattara.
Le programme en dit long sur l'ambition des organisateurs. Loin du folklore, la fête s'est ouverte lundi par une opération coup de poing : sensibilisation des jeunes contre les drogues et produits prohibés, menée avec la police et la gendarmerie anti-drogue. Mardi, jour de notre rencontre, grande journée de prières et de bénédictions pour la circonscription. Mercredi et jeudi, le Maouloud du Cosim , de 20h à minuit puis de 8h à 12h, avant les finales des tournois sportifs.
C'est cette architecture - sociale, religieuse et citoyenne - qui a convaincu le cadre de ne pas manquer le rendez-vous.

Le choix de la cohérence : de Port-Bouët à Sorobango

Souleymane Ouattara n'est pas un cadre comme les autres. Expert-comptable, financier, il a d'abord fait ses armes politiques loin de la savane du Gontougo. Candidat aux législatives de 2021 à Port-Bouët, à Abidjan, il a fait le choix radical de rentrer.
"La politique, c'est une passion pour moi. Mais lorsqu'il y a une plaie dans sa localité et que tu soignes une autre plaie ailleurs, ce n'est pas cohérent. Depuis trois ans, j'ai décidé de m'engager activement dans cette circonscription à travers des projets de développement."
Une phrase qui résume sa doctrine : "C'est chez moi. Je suis né ici, je suis allé à l'école ici. On va à Abidjan pour chercher et on revient pour apporter."
Sa première grande action a donné le ton : le Tournoi du Vivre-Ensemble, qui a mobilisé toute la sous-préfecture de Sorobango et celle de Tagadi, avec une finale inter-sous-préfectures. Un message d'unité dans une zone où les rivalités de clochers sont tenaces.

Soule Yoko : 7 forages, un centre de santé et un symbole

Puis est venu ce qui a forgé la légende. Là où l'État peine, le cadre a sorti son carnet de chèques. "On dit Sorobango Ouattara Yoko. Yoko en langue locale, ça veut dire de l'eau. Ça dépend de nos actions de forage que nous avons menées." La liste est précise, débitée sans hésitation, comme un bilan comptable : Zagala, Nafambéni, Marahui, Kamala, Kalson, Tchiendi Walogo, Sianhoudi . Sept villages. Sept forages. Sur fonds propres. Et le plus symbolique : le Centre de Santé de Sorobango. Un centre qui, depuis sa construction, n'avait jamais connu l'eau courante. Aujourd'hui, il y a de l'eau. Le centre social a suivi. "Hier, je suis rentré à minuit. J'étais à Zagala à 22h, sachant que la voie n'est pas praticable. C'est l'amour. C'est l'amour qui nous fait faire ça."
À Debango, son village maternel - "c'est la mère qui donne vie à un enfant" aime-t-il à rappeler - il a lancé avant les élections la construction d'une boulangerie moderne. Le chantier n'a pas été abandonné le soir de la défaite. Il est en phase de finition.

La défaite électorale assumée comme un investissement

Car il y a eu une défaite. Aux dernières élections locales, Souleymane Ouattara s'est présenté. Il n'a pas gagné la circonscription. Beaucoup y auraient vu la fin d'une aventure. Lui y voit un commencement.
"Pour moi, ce n'est pas un échec. Quand tu es candidat pour la première fois et que tu gagnes à Kanguele, que tu gagnes à Tchiendi Walogo - le village de la femme du ministre d'État - ça veut dire l'impact que tu as."
Loin de l'amertume, il revendique une stratégie de long terme. Les prières de ce Maouloud l'ont conforté : "On prie pour que nous, les cadres, on puisse avoir des milliards afin de venir développer notre localité."
Son regard est déjà tourné vers la suite. Il annonce un projet de supermarché de proximité à Sorobango et une future cité des fonctionnaires pour fixer les agents de l'État.
"Je suis financier. Je me dois d'apporter mon expertise au développement local. Le bien-être de mes parents constitue la véritable raison de mon engagement politique."
Avant de nous quitter pour rejoindre une autre délégation sous l'arbre à palabre, il lance son appel, en français puis en langue locale, comme pour s'assurer que personne ne l'oublie : "Ce sont les fils et les filles de notre circonscription qui viendront développer notre circonscription. Personne ne va le faire à notre place. J'invite tout le monde à s'investir massivement. Que Dieu nous accorde l'union."
À Sorobango-Tagadi, la politique se mesure désormais en mètres cubes. Et dans ce domaine, Soule Yoko a pris une sérieuse avance.

Hosanna JP de Chantal