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Lundi, 05 octobre

PINDA-BOROKO : LA COMMUNE FANTÔME DE LA FRONTIÈRE OUBLIÉE INTERPELLE L'ÉTAT

Publié le 04 octobre 2026 à 16:22
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Image d'archives
Image d'archives

Vingt ans après sa création par décret présidentiel, la commune rurale de Pinda-Boroko, à la lisière du Ghana, attend toujours son existence réelle. À l'approche des prochaines échéances électorales, les populations lancent un cri de cœur au gouvernement.

BONDOUKOU (Gontougo) - Elle existe sur le papier, elle figure sur la carte électorale, mais elle est invisible sur le terrain. Tel est le paradoxe cruel de Pinda-Boroko.
Pour les 15 000 âmes qui vivent dans cette localité stratégique du département de Bondoukou, à quelques kilomètres de la frontière ghanéenne, le Décret n° 2005-314 du 06 octobre 2005 portant création de 520 nouvelles communes reste une promesse non tenue.

Une création juridique claire, une application qui piétine

L'histoire est pourtant sans ambiguïté. L'Article 19 dudit décret dispose la création de 38 nouvelles communes dans le département de Bondoukou. Pinda-Boroko et Kouassi-N'Dawa y sont explicitement érigées en communes, au même titre que Soko intégrée dans la grande vague de décentralisation.
Mais en mars 2012, coup de tonnerre : le gouvernement adopte un décret portant annulation de 1 126 communes rurales jugées non viables économiquement. Soko et Kouassi-N'Dawa sont rayées de la carte. Pinda-Boroko, elle, est sauvée. Mieux, elle est consolidée et élevée au rang de chef-lieu de sous-préfecture en octobre 2010.
Sur le site de la CEI, dans l'annexe au décret n°2025-775 du 1er octobre 2025, la mention est formelle : "073 APPIMANDOUM, BONDOUKOU ET PINDA-BOROKO, COMMUNES ET SOUS-PREFECTURES". Alors pourquoi, sur le terrain, rien ne bouge ?

"Nous sommes des Ivoiriens de seconde zone ?"

Interrogés, les chefs traditionnels, les jeunes et les femmes de Pinda-Boroko ne décolèrent pas. Pas de mairie fonctionnelle, pas de budget communal propre, pas de conseil municipal élu. L'administration reste rattachée de fait à la grande commune de Bondoukou, située à plus de 30 kilomètres de pistes difficiles. "On nous dit que nous sommes commune, mais nous n'avons rien d'une commune. Pas de développement, pas d'infrastructures. Nous sommes à la porte du Ghana, nous devrions être une vitrine de la Côte d'Ivoire. Au lieu de cela, nous avons l'impression d'être oubliés", confie, amer, un leader de jeunesse sous couvert d'anonymat.
À la lisière de la frontière ivoiro-ghanéenne, l'enjeu est pourtant éminemment stratégique. Pinda-Boroko devrait être un pôle de sécurisation, de commerce transfrontalier et de cohésion nationale. Son abandon alimente l'exode rural et le sentiment d'abandon.

Le grand espoir des prochaines élections

Aujourd'hui, l'interpellation est directe. Les populations de Pinda-Boroko interpellent l'État ivoirien, le Ministère de l'Intérieur et de la Sécurité, et la Direction de la Décentralisation.
Leur doléance est simple : que le décret de 2005 soit enfin matérialisé. Qu'une équipe municipale soit installée, dotée de moyens, pour amorcer le développement local : écoles, centre de santé, routes, et marché frontalier.
À quelques mois des prochaines élections municipales et régionales, l'espoir renaît. Pour les habitants, ce scrutin doit être celui de la réparation historique. "Nous fondons tout notre espoir sur les prochaines élections. Que l'État acte enfin ce qui est écrit depuis 20 ans. C'est une question de justice et de bonheur pour notre population frontalière", plaide une présidente d'association de femmes.
Le droit a été dit en 2005. Il a été confirmé en 2012 et en 2025. Il ne reste plus qu'à le vivre. Pinda-Boroko ne demande pas la charité. Elle réclame simplement son existence.

Hosanna JP de Chantal