Seuls 9 programmes sur 34 justifient leur budget. Le rapport explosif sur la gestion 2024 révèle un gouffre entre l'argent public englouti et les résultats sur le terrain.
ABIDJAN - C'est un véritable carton rouge. Dans son rapport annuel sur l'exécution du budget 2024, la Cour des comptes de Côte d'Ivoire dresse un constat sévère et sans appel sur la gestion de l'argent public.
L'institution supérieure de contrôle des finances publiques a passé au crible 34 programmes gouvernementaux. Le verdict est accablant : seuls 9 programmes ont obtenu des résultats à la hauteur des moyens financiers qui leur ont été alloués.
Pour les 25 autres, soit près de trois quarts des programmes examinés, la Cour constate un écart flagrant entre les dépenses effectuées et les objectifs réellement atteints.
En d'autres termes, plusieurs ministères ont consommé une importante partie de leur budget sans parvenir à remplir la mission qui leur était confiée.
De l'argent dépensé, mais pour quels résultats ?
Le rapport pointe du doigt une déconnexion inquiétante entre la programmation budgétaire et la performance. Des crédits sont votés, décaissés, consommés, mais les indicateurs de résultats - écoles construites, routes achevées, réformes mises en oeuvre - ne suivent pas.
Si la Cour ne cite pas encore nommément les ministères les plus dépensiers dans les extraits consultés, ce déséquilibre pose une question centrale de redevabilité et d'efficacité de l'action publique.
Où est passé l'argent ? Pourquoi les objectifs fixés en début d'année par le gouvernement lui-même n'ont-ils pas été atteints malgré l'utilisation des fonds ? Autant d'interrogations qui relancent le débat sur la culture du résultat au sein de l'administration ivoirienne.
Une exigence de bonne gouvernance
Ce rapport intervient dans un contexte où l'État ivoirien affiche sa volonté de rationaliser les dépenses publiques et de s'inscrire dans une démarche de budget-programme, où chaque franc dépensé doit produire un impact mesurable.
Avec ce constat de la Cour des comptes, c'est tout le système d'évaluation des politiques publiques qui est interpellé. L'institution, gardienne des deniers publics, rappelle ainsi que dépenser son budget n'est pas une performance en soi. Le seul critère qui compte, c'est le résultat pour le citoyen.
Le gouvernement est désormais attendu sur les mesures correctives qu'il entend prendre pour que le budget 2025 ne reproduise pas les mêmes errements.
Hosanna JP de Chantal