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Mardi, 22 septembre

BONDOUKOU / INCENDIE DU GRAND MARCHÉ : 32,5 MILLIONS POUR RALLUMER L'ESPOIR, MAIS LE ZANZAN ATTEND SON POUMON

Publié le 21 septembre 2026 à 14:39
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Après la cendre, la solidarité. Deux mois après le brasier qui a dévasté son grand marché, Bondoukou reçoit enfin le soutien de l'État
Après la cendre, la solidarité. Deux mois après le brasier qui a dévasté son grand marché, Bondoukou reçoit enfin le soutien de l'État

Après la cendre, la solidarité. Deux mois après le brasier qui a dévasté son grand marché, Bondoukou reçoit enfin le soutien de l'État. Une bouffée d'oxygène pour 779 commerçants, en attendant la vraie renaissance : un marché moderne digne de la capitale du Zanzan.

Bondoukou, 20 sept. 2026 - La nuit du 12 au 13 juillet 2026 restera gravée dans la mémoire collective de Bondoukou. En quelques heures, les flammes ont englouti le cœur battant de la ville, son grand marché. étals calcinés, marchandises réduites en cendres, économies d'une vie parties en fumée. Deux mois de désarroi. Ce dimanche 20 septembre, la salle de la mairie a vibré d'une autre émotion : celle du soulagement.
Face aux commerçants sinistrés, le ministre du Commerce, de l’Industrie et de l’Artisanat, Ibrahim Kalil Konaté, a annoncé une enveloppe de 32,5 millions de FCFA d’appui gouvernemental. Un geste de compassion nationale au nom du gouvernement ivoirien.

De l'urgence au recensement : la chronologie d'une riposte

Loin d'être un acte isolé, ce soutien est l'aboutissement d'un travail de terrain amorcé dès les premières heures du sinistre. Après le drame, les autorités locales, avec l'appui du Conseil régional du Gontougo, ont lancé un vaste recensement. Bilan : environ 779 commerçants et commerçantes officiellement identifiés comme sinistrés, après évaluation minutieuse des pertes.
Cette étape cruciale a permis d'enclencher la machine de la solidarité nationale. La tournée gouvernementale de soutien aux victimes d'incendies de marchés, entamée samedi 19 septembre à Aboisso avec 15 millions FCFA remis aux sinistrés, a poursuivi son itinéraire à Man, à Songon, avant de marquer une étape décisive à Bondoukou. « Le gouvernement entend jouer sa partition dans le cadre de la réhabilitation de ce marché », a martelé le ministre Konaté. Au-delà de l'aide immédiate, il a esquissé l'avenir : généralisation de la carte de commerçant, amélioration de la gouvernance des marchés, modernisation et digitalisation des espaces commerciaux, et surtout, un projet de loi en préparation sur la gestion des marchés de gros et de détail.
Dans cette dynamique, la ministre de la Cohésion nationale, de la Solidarité et de la Lutte contre la Pauvreté, Myss Belmonde Dogo, a apporté une réponse ciblée pour les femmes. Celles ayant contracté des prêts via le Fonds d’Appui aux Femmes de Côte d’Ivoire (FAFCI) et qui ont tout perdu sont invitées à se faire enregistrer auprès du maire de Bondoukou. Leurs dossiers seront transmis à la Première Dame pour un plaidoyer en vue d'un allègement ou d'un rééchelonnement.
Moment fort de la cérémonie, un échange téléphonique avec le ministre de la Promotion de la Jeunesse, Mamadou Touré, a ouvert une autre perspective. Un comité de travail sera mis en place pour identifier spécifiquement les jeunes commerçants sinistrés. À la clé, une enveloppe qui pourrait atteindre 500 millions de FCFA pour les aider à reconstituer leur fonds de commerce.
Présent, le ministre d’État, conseiller spécial du Président de la République et président du Conseil régional du Gontougo, Kobenan Kouassi Adjoumani, a salué « un début de réponse » et traduit la gratitude de toute une région.

32,5 millions : une perfusion qui redonne le souffle

Pour Ouattara Korotoum, présidente des commerçants de Bondoukou, les mots manquent pour dire merci. Mais derrière la reconnaissance, la réalité du terrain est têtue.
Que représente 32,5 millions divisés par 779 ? Un peu plus de 41 000 FCFA par commerçant si la répartition était égalitaire. La somme ne reconstruira pas un magasin. Elle ne rachètera pas un stock de pagnes, de vivres ou de pièces détachées estimé à plusieurs millions pour certains. Mais elle vaut bien plus que son montant.
Dans le quotidien des victimes, depuis deux mois, c'est la débrouille, les étals de fortune à même le sol, le recours aux usuriers, l'école des enfants qui devient incertaine. Cet appui, c'est le premier capital pour racheter quelques cartons, c'est la preuve que l'État ne les a pas oubliés. C'est surtout le déclic psychologique qui permet de se relever, de reprendre une activité, de nourrir à nouveau sa famille. C'est le carburant de la résilience.

Au-delà de l'aide : Bondoukou réclame son poumon moderne

Mais tous les intervenants l'ont reconnu : l'aide d'urgence ne saurait être une fin en soi. Le véritable enjeu est désormais devant nous.
Le grand marché de Bondoukou n'est pas un simple lieu de commerce. C'est le poumon économique de tout le District du Zanzan. C'est là que se croisent les producteurs de noix de cajou du Gontougo, les éleveurs du Bounkani, les commerçantes venues du Ghana voisin. C'est la plus grande caisse d'épargne de la région, le premier employeur, le thermomètre de la vitalité locale.
Le laisser en ruines, ou le reconstruire à l'identique avec ses installations électriques vétustes, ses allées anarchiques et sans bouche d'incendie, serait condamner la région à revivre le même drame.
L'annonce du programme national de construction de marchés de proximité et de réhabilitation des infrastructures sinistrées, dans lequel Bondoukou pourrait s'inscrire, est porteuse d'espoir. La population du Zanzan attend désormais l'acte le plus fort : la reconstruction rapide d'un marché aux standards modernes, sécurisé, assaini, électrifié aux normes, avec des allées pompiers, un système de vidéosurveillance et une gestion professionnalisée.
Bondoukou, ville millénaire, carrefour historique, ne peut plus se contenter d'un marché du siècle dernier. Elle a besoin d'un outil de développement du 21e siècle. Les 32,5 millions ont pansé la plaie. La reconstruction moderne, elle, guérira la maladie et redonnera au Zanzan son souffle.

Hosanna JP de Chantal