Après le Fodjo des enfants, le peuple Bron entre dans 7 jours de mystère et de purification avant la grande consommation de l'igname par les adultes
TRANSUA - Ce lundi 22 septembre s'ouvre la semaine la plus sacrée du calendrier Bron. Ce n'est pas une simple semaine, c'est une Semaine Sainte. Une semaine de silence, de préparation et de symboles qui conduira tout un royaume vers le Mouroufié, prévu ce vendredi 25 septembre.
Le Mouroufié, c'est l'acte central de la fête des ignames. Si le 14 septembre dernier, les enfants ont eu droit au Fodjo, leur propre fête où ils consomment en premier la nouvelle igname, douze jours plus tard, c'est au tour des adultes d'entrer dans le sacré. Une chronologie qui n'est pas anodine et qui fait écho, de façon troublante, à la Pâque juive.
Du bois sacré au lavement des pieds : le rituel du Jeudi
Comme à la Pâque, le peuple Brong vit sa propre passion. Toute cette semaine est consacrée à la préparation des reliques royales. On astique, on purifie, on invoque. Le point d'orgue mystique intervient ce jeudi.
C'est le jour du jet des fagots. Dans chaque cour, dans chaque famille, on jette et on rassemble les fagots de bois qui serviront le lendemain à la cuisson de l'igname sacrée du Mouroufié. Ce geste ancestral est lourd de sens. Pour les initiés, il rappelle la Sainte Scène, ce moment où le Seigneur Jésus-Christ, dans une humilité infinie, lave les pieds de ses disciples.
Le fagot jeté à terre, c'est l'abaissement, c'est le service, c'est la préparation du feu qui nourrit. Le peuple se met au service du sacré avant de recevoir le sacré.
Moutoufié, 3e étape : le peuple et les Tano entrent en scène
Le vendredi 25 septembre marquera la troisième étape de ce long processus initiatique qui structure toute la nouvelle année Bron.
Tout a commencé à Guiende, où Nanan Fieny a consommé la première igname, ouvrant ainsi la voie. Ont suivi les Tano, les puissants fétiches de guerre du Royaume, gardiens de l'âme guerrière et spirituelle du peuple. Ce sont notamment les Tano de la province de Pinango, sous l'autorité de Sa Majesté Nanan Adou Bibi 2, qui ont été honorés.
Avec le Mouroufié, ce n'est plus le roi ni les fétiches, c'est tout le peuple adulte qui communie. C'est la fête populaire, la réconciliation avec la terre nourricière. Pendant des mois, l'igname, tubercule roi, a été interdite de consommation. La lever, c'est célébrer la vie qui a triomphé de la soudure.
Adaye Kessié : Quand le Roi délivre le message des ancêtres
Mais le cycle ne s'arrêtera pas vendredi. Le point culminant reste à venir : l'Adaye Kessié, la Fête du Roi, qui interviendra un mercredi .
Ce mercredi-là, le monde s'arrête dans le royaume Bron. Seuls le Roi, les chefs de province, les notables et les dignitaires consommeront l'igname. La veille, dans un conclave secret et fermé, le Roi et ses chefs auront écouté.
Le jour de l'Adaye Kessié, le souverain se fait porte-voix. Il livre au peuple le message reçu des Tano, le message venu des ancêtres. Il donne les orientations, les interdits et les bénédictions pour la nouvelle année qui commence. C'est le discours sur l'état de l'âme du royaume.
Au-delà du folklore, la fête des ignames est le ciment sociologique et culturel du peuple Bron. Elle rassemble les fils et filles venus d'Abidjan, du Ghana, d'Europe autour d'une même marmite. Elle est un puissant levier économique : les marchés de Transua, Bondoukou , d'Assuefry et de Tanda explosent, les transporteurs tournent à plein régime, l'hospitalité traditionnelle fait vivre des centaines de familles.
Pendant cette semaine sainte, le royaume Bron ne fait pas que manger une igname. Il se souvient qui il est, d'où il vient et où les ancêtres veulent le conduire.
Hosanna JP de Chantal