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Lundi, 14 septembre

PÉLÉFORO ET HOUPHOUËT : UNE ALLIANCE FONDATRICE, UNE LEÇON D’UNITÉ POUR LA CÔTE D’IVOIRE !

Publié le 13 septembre 2026 à 10:47
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Félix Houphouët-Boigny et Péléforo Gbon Coulibaly, grande autorité traditionnelle du pays sénoufo,
Félix Houphouët-Boigny et Péléforo Gbon Coulibaly, grande autorité traditionnelle du pays sénoufo,

Dans l’histoire politique de la Côte d’Ivoire, certaines rencontres ont contribué à élargir l’horizon national et à rapprocher des territoires, des communautés et des élites que l’ordre colonial maintenait trop souvent séparés. Celle entre Félix Houphouët-Boigny et Péléforo Gbon Coulibaly, grande autorité traditionnelle du pays sénoufo, compte parmi les plus significatives.
En 1944, dans le contexte du travail forcé, des injustices coloniales et de la défense des intérêts des producteurs africains, Félix Houphouët-Boigny engage le combat syndical qui conduit à la création du Syndicat agricole africain. À Korhogo, sa rencontre avec Péléforo Gbon Coulibaly ouvre une relation de dialogue, de confiance et de réciprocité. Le patriarche sénoufo soutient cette démarche et devient progressivement l’un des relais majeurs de l’élargissement du mouvement houphouëtiste vers le Nord.
Il ne s’agit pas d’un pacte écrit au sens strict, mais d’une alliance politique, sociale et humaine durable. Péléforo Gbon Coulibaly apporte l’autorité de ses réseaux, l’écoute des populations sénoufo et un relais essentiel dans le Nord. Houphouët-Boigny, pour sa part, porte au plan national le combat contre le travail forcé ainsi que la défense de la dignité et des intérêts des Africains. De ce rapprochement naît l’un des ponts les plus significatifs entre Korhogo et le mouvement qui donnera naissance au PDCI-RDA en 1946.
L’enseignement est clair : aucune région, aucune communauté, aucune force politique ne peut prétendre porter seule le destin de la Côte d’Ivoire. Notre pays avance lorsque les différences sont respectées, lorsque les intérêts sont discutés loyalement et lorsque les responsables choisissent l’écoute plutôt que l’exclusion, le dialogue plutôt que la stigmatisation et l’intérêt général plutôt que les replis identitaires.
Des décennies plus tard, au cœur de la crise électorale de 2010, Henri Konan Bédié, président du PDCI-RDA, fait également le choix de placer ce qu’il considère comme l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des rivalités et des blessures politiques. En appelant les militants et sympathisants houphouëtistes à soutenir Alassane Ouattara au second tour de l’élection présidentielle, il pose un acte politique majeur dans une période où la paix, la stabilité et l’unité de la Côte d’Ivoire étaient gravement menacées.
Ce geste n’a pas effacé les divergences politiques. Il rappelle toutefois une exigence essentielle : lorsqu’un pays traverse une période de tension, les responsables politiques doivent savoir distinguer ce qui relève de la compétition démocratique de ce qui engage l’avenir de la nation. Les héritiers de la tradition houphouëtiste ont le devoir de se parler, de se respecter et de rechercher des convergences chaque fois que la paix civile, l’unité nationale et l’avenir des Ivoiriens sont en jeu.
Aujourd’hui encore, dans une Côte d’Ivoire où subsistent des fractures politiques, sociales et territoriales, et où la confiance entre les acteurs demeure parfois fragile, ce double héritage garde toute son actualité. Les événements électoraux récents, notamment les controverses liées à la liste électorale, aux conditions de participation de plusieurs figures de l’opposition et au déroulement des scrutins de 2025, ont ravivé les interrogations sur l’inclusivité et la crédibilité de notre vie démocratique. La radiation de Tidjane Thiam de la liste électorale en avril 2025, suivie en septembre de l’irrecevabilité de sa candidature à l’élection présidentielle, a constitué l’un des épisodes majeurs de cette séquence politique, vivement contesté par le PDCI-RDA.
Mais ces épreuves ont aussi rappelé une réalité essentielle : le PDCI-RDA demeure une force historique et majeure de la vie politique ivoirienne, appelée, avec les autres partis, la société civile et les forces vives du pays, à contribuer au débat démocratique, au renforcement de la cohésion sociale et à la construction d’une alternative républicaine. Il ne s’agit pas d’entretenir la confrontation, mais de faire du pluralisme une ressource pour la paix et le progrès national.
Dans ce contexte, la mémoire d’Henri Konan Bédié et de son choix de 2010 nous rappelle qu’aucune famille politique ne peut durablement prospérer lorsqu’elle se condamne aux querelles intestines ou à l’enfermement partisan. Il avait compris que, malgré les rivalités et les itinéraires divergents, les héritiers des grandes traditions politiques ivoiriennes ont le devoir de se parler dès lors que l’intérêt supérieur du pays l’exige.
L’heure n’est donc ni aux règlements de comptes ni aux procès d’intention. Elle est à la clarification des projets, à la modernisation des organisations politiques, à la culture du compromis sur les questions d’intérêt national et à un dialogue sincère entre toutes celles et tous ceux qui refusent l’ethnicisation du débat public, la stigmatisation des opinions et la personnalisation excessive du pouvoir. La démarche engagée par plusieurs formations de l’opposition pour rapprocher leurs positions sur la future architecture électorale montre d’ailleurs que la recherche de convergences demeure possible et nécessaire.
La paix véritable ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, dans l’estime réciproque, la justice, l’écoute et la capacité de chacun à reconnaître la dignité de l’autre. Elle exige que nul Ivoirien ne se sente étranger dans son propre pays, relégué en raison de son origine, de sa région, de son nom, de sa confession, de son opinion ou de son appartenance politique.
De Korhogo à Divo, de Man à Bondoukou, d’Odienné à Aboisso, de Gagnoa à Yamoussoukro, de Ferkessédougou à Anyama, d’Abengourou à Touba, aucune région, aucun peuple, aucune catégorie sociale ne doivent être relégués à la périphérie de la République. Aucune communauté ne détient à elle seule la vérité nationale. La Côte d’Ivoire ne progressera ni par les replis identitaires, ni par les stigmatisations, ni par la peur de l’autre. Elle avancera par la rencontre des différences, le respect des identités et l’égalité de dignité entre tous ses enfants.
C’est dans cette perspective que s’inscrit l’action du président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam. Héritier d’une formation politique qui a joué un rôle majeur dans la marche du pays vers l’indépendance, il a engagé le PDCI-RDA dans un processus de restructuration, de modernisation et de remobilisation. L’objectif doit être clair : bâtir une force politique ouverte, disciplinée, présente dans toutes les régions, attentive aux aspirations de la jeunesse, des femmes, des agriculteurs, des travailleurs, des entrepreneurs et de l’ensemble des forces productives de la nation.
Mais au-delà de son parti, Tidjane Thiam porte un message qui mérite d’être entendu, car cest aussi une certaine conception de la démocratie que nous devons défendre : nous pouvons avoir des adversaires politiques, mais nous ne devons jamais fabriquer des ennemis parmi les Ivoiriens. La démocratie n’est pas la guerre. Elle est l’organisation pacifique de nos désaccords. Elle ne consiste pas à effacer l’opposition, mais à lui garantir sa place, ses droits, sa sécurité et sa capacité à proposer une alternative, dans le respect de la Constitution, des institutions et des lois de la République.
À l’heure où la Côte d’Ivoire doit préparer ses échéances futures, il nous faut redonner au mot « rassemblement » son sens le plus élevé. Le rassemblement n’est ni une coalition de circonstance, ni un arrangement de dernière minute, ni un slogan de tribune. Il est la volonté de créer les conditions d’une compétition démocratique juste, paisible et dont les règles soient acceptées par tous.
Cela suppose un dialogue politique continu, franc et responsable. Cela exige également des institutions électorales dont l’indépendance, l’impartialité et la crédibilité soient reconnues par les citoyens comme par l’ensemble des acteurs politiques. Le 6 mai 2026, le Gouvernement ivoirien a adopté, en Conseil des ministres, une ordonnance portant dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI). Quatre mois plus tard, le 7 septembre 2026, la liquidation de l’ancienne institution est officiellement entrée dans sa phase opérationnelle, avec la passation de charges entre son secrétaire général sortant et le liquidateur désigné. Ces deux étapes marquent l’ouverture d’une nouvelle séquence institutionnelle dans l’organisation des élections en Côte d’Ivoire. La mise en place du nouveau mécanisme chargé de la gestion des élections constitue désormais un enjeu majeur pour notre démocratie. Elle doit être conduite dans la transparence, la concertation et avec le souci constant de renforcer la confiance de l’ensemble des acteurs politiques et des citoyens dans le processus électoral.
La fiabilisation de la liste électorale, l’équité du découpage électoral, l’accès équilibré aux médias publics, la protection effective de tous les acteurs politiques, la neutralité de l’administration et une justice électorale crédible ne sont pas de simples revendications partisanes. Ce sont les conditions de la confiance nationale et d’une paix durable.
Nous sommes, en ce 12 septembre 2026, à quatre ans d’une échéance présidentielle qui comptera pour l’avenir collectif de notre pays. Ce délai ne doit pas être un temps d’attente. Il doit être mis à profit pour bâtir patiemment les garanties d’une confiance électorale durable, d’un débat public apaisé et d’un verdict des urnes accepté parce qu’il sera le produit d’institutions reconnues comme crédibles.
Mais la cohésion sociale ne dépend pas des seules règles électorales. Elle se nourrit aussi de justice sociale, de la réduction des inégalités entre les territoires, de l’accès à l’emploi pour les jeunes, de la valorisation du travail agricole, de services publics accessibles, de la promotion des femmes, de l’écoute des citoyens et d’une lutte résolue contre la pauvreté, les exclusions et le sentiment d’abandon.
Une République véritablement unie est celle dans laquelle chacun peut espérer vivre dignement et contribuer au progrès commun.
La responsabilité de la famille houphouëtiste est grande, mais celle de l’ensemble de la classe politique l’est tout autant.
Les partis, les leaders, les militants et les citoyens doivent choisir entre la tentation de la division et l’exigence de la paix. Ils doivent refuser l’instrumentalisation des identités, des mémoires, des appartenances régionales et des institutions. Ils doivent privilégier la vérité, le dialogue, le respect de l’autre et la primauté de l’intérêt général.
En 1944, Félix Houphouët-Boigny choisit d’aller vers Péléforo Gbon Coulibaly : non pour effacer les différences, mais pour les unir autour d’un objectif commun.
En 2010, Henri Konan Bédié fait le choix du rassemblement dans une période où le pays est confronté au risque d’une nouvelle rupture nationale.
En 2026, il nous revient à tous, dirigeants, militants, autorités traditionnelles, jeunes, femmes, intellectuels, travailleurs, agriculteurs et citoyens, d’aller ensemble vers la Côte d’Ivoire que nous voulons léguer à nos enfants. Une Côte d’Ivoire juste parce que ses institutions sont crédibles. Une Côte d’Ivoire fraternelle parce que ses différences sont respectées. Une Côte d’Ivoire prospère parce que les fruits du progrès sont mieux partagés.
Une Côte d’Ivoire forte parce que le pouvoir s’y conquiert, s’exerce et se transmet par les seules armes de la démocratie.
En ce 12 septembre 2026, alors que le PDCI-RDA se retrouve à Korhogo, terre du peuple sénoufo et de Péléforo Gbon Coulibaly, homme de paix et de dialogue, dans le cadre de la commémoration tournante de ses 80 ans, faisons de cet héritage une exigence présente.
Korhogo nous rappelle aujourd’hui une leçon simple mais fondamentale : la Côte d’Ivoire s’est construite lorsque des hommes venus d’horizons différents ont accepté de se rencontrer, de se comprendre et d’unir leurs forces autour d’un destin commun.
C’est encore par cette voie que nous construirons son avenir : une Côte d’Ivoire où l’on débat sans se haïr, où l’on s’oppose sans se déchirer, où les institutions protègent tous les citoyens et où le progrès est partagé par toutes les régions et toutes les générations.
La paix, la fraternité, la justice sociale, l’unité et le progrès partagé doivent demeurer notre boussole commune. C'est le sens de l'engagement du Président Tidjane Thiam, en qui de nombreux Ivoiriens voient l'espérance d'une Côte d'Ivoire rassemblée, juste pour tous et fraternelle.

Hamed Koffi Zarour
Cadre militant, Inspecteur du PDCI-RDA