Cette semaine, l'actualité ivoirienne n'a pas été dominée par le bruit des vuvuzelas ni par le cours du cacao. Elle a été dominée par un silence lourd de sens : celui d'une salle de réunion à Cocody-Riviera Bonoumin.
Mardi 1er septembre 2026, plusieurs partis et groupements politiques de l'opposition ivoirienne se sont retrouvés au siège du Parti des peuples africains - Côte d'Ivoire (PPA-CI) pour harmoniser leurs positions sur la réforme électorale. L'objectif affiché : parler d'une seule voix et dessiner les contours d'un futur organe chargé de l'organisation des élections en Côte d'Ivoire, en lieu et place de la Commission Électorale Indépendante, dissoute le 6 mai 2026.
Pendant ce temps, dehors, le pays réel faisait la queue. Le ministre du Commerce annonçait la prolongation des soldes jusqu'au 10 septembre pour soulager les familles à la veille de la rentrée scolaire. La FENACCI, elle, montait au créneau contre les contrôles de la Facturation Normalisée Électronique prévus dès le 1er septembre. Deux Côte d'Ivoire cohabitent : celle qui débat des institutions, et celle qui compte ses francs CFA. C'est précisément là que se situe notre drame et notre espoir.
L'analyse : Une opportunité historique qui sent la poudre
Soyons objectifs. Cette rencontre de l'opposition est à la fois nécessaire et inquiétante. Nécessaire, parce que la Côte d'Ivoire ne peut pas aller à une élection avec une CEI morte et un vide juridique béant. Depuis 2010, chaque scrutin a laissé une cicatrice. Le taux de participation en baisse, la méfiance généralisée, les appels à la désobéissance civile sont les symptômes d'une maladie plus profonde : les Ivoiriens ne croient plus que leur bulletin change leur vie. Refonder l'arbitre du jeu est donc un impératif républicain, pas une faveur faite à l'opposition. Inquiétante, pour deux raisons.
D'abord, l'unité affichée est fracturée. Le conclave s'est tenu sans le PDCI, pilier historique de l'opposition, pour harmoniser leurs différentes positions afin de s'exprimer d'une seule voix. Comment prétendre refonder un consensus national quand l'opposition elle-même n'arrive pas à faire salle comble? Le projet de Haut Conseil Électoral (HCE) risque de naître boiteux s'il est perçu comme l'instrument d'un camp.
Ensuite, le calendrier. Nous sommes à moins de deux ans des élections municipales et régionales annoncée. Vouloir réécrire les règles du jeu à la 89e minute, c'est prendre le risque de la confusion. Le gouvernement, de son côté, affiche d'autres priorités : digitalisation à marche forcée vers le "Zéro Papier" en 2030, transformation cacaoyère. On donne l'impression de deux trains lancés à vive allure sur la même voie, mais dans des directions opposées. La Côte d'Ivoire ne manque pas de lois. Elle manque de confiance.
Recommandations : Pour ne pas rater le rendez-vous avec nous-mêmes
Si nous voulons que cette réforme ne soit pas une énième parenthèse, mais un tournant, il faut du courage. Et le courage, en politique, c'est d'accepter de perdre un avantage tactique pour gagner en légitimité historique.
Au pouvoir : Cesser de confondre vitesse et précipitation.
La dissolution de la CEI était une décision forte. Ne la gâchez pas par un passage en force. Ouvrez un vrai dialogue national inclusif, avec un chronogramme publié, des débats retransmis, et la société civile, les femmes commerçantes de la FENACCI, les jeunes du JNCC autour de la table. La réforme électorale ne peut pas être une affaire de juristes entre quatre murs à Cocody. Si les élections de 2028 doivent être reportées en 2029 pour bien faire, alors reportons. Mieux vaut une élection tardive et crédible qu'une élection à l'heure et contestée.
À l'opposition : L'unité ne se décrète pas, elle se construit.
Votre appel à un Haut Conseil Électoral est légitime. Mais l'exclusion, même passive, du PDCI envoie un mauvais signal. Retournez vous asseoir ensemble. Présentez au pays non pas un catalogue de revendications, mais un document unique, court, lisible par une vendeuse d'attiéké : comment on s'inscrit, comment on vote, comment on sécurise, comment on conteste. La technique ne mobilise personne. La justice, oui.
Au peuple ivoirien et à la nouvelle génération : Reprenez votre place.
Le plus grand danger n'est pas la fraude, c'est l'indifférence. Vous avez vu cette semaine la mobilisation pour l'orpaillage illégal . Cette même énergie doit aller vers la chose publique. Exigez la publication de la liste électorale en open data, exigez des débats télévisés entre candidats, exigez que chaque parti justifie la provenance de son budget de campagne.
Nous sommes à Abidjan, ville lagunaire qui a tout vu : les coups, les crises, les CAN euphoriques. Elle sait que le pardon ne se décrète pas, mais que l'avenir se prépare.
Cette semaine de septembre 2026 ne doit pas être retenue comme la semaine où l'opposition s'est réunie sans s'unir. Elle doit être celle où la Côte d'Ivoire a enfin compris que l'organe électoral n'est pas un trophée à gagner, mais un miroir à polir ensemble.
Si le miroir est brisé, chacun verra un visage déformé. Si nous le polissons ensemble, nous pourrons enfin nous y reconnaître.
Hosanna JP de Chantal.