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Lundi, 17 août

MAMIE FAITAI : LA FEMME DE L'OMBRE QUI COMPTAIT DANS L'UNIVERS DE FÉLIX HOUPHOUËT-BOIGNY

Publié le 17 août 2026 à 10:03
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Anne-Marie Faitai la  sœur aînée de Félix Houphouet Boigny , le père fondateur de la côte d'ivoire moderne.
Anne-Marie Faitai la sœur aînée de Félix Houphouet Boigny , le père fondateur de la côte d'ivoire moderne.

Derrière le « Vieux » qui a façonné la Côte d'Ivoire moderne, une voix comptait plus que les discours officiels : celle de sa sœur aînée, Anne-Marie Faitai.
YAMOUSSOUKRO — Dans l'histoire officielle, il y a les palais, les congrès du PDCI-RDA et les grands discours du 7 décembre. Et puis il y a l'autre histoire, celle qui se chuchote dans les cours familiales à Yamoussoukro, là où se forgent les équilibres les plus durables. Au cœur de cette seconde histoire se trouve un nom que tous les Ivoiriens connaissent sans vraiment le connaître : Mamie Faitai.
Anne-Marie Faitai Houphouët-Boigny n'a jamais cherché la lumière. Pourtant, pendant près d'un siècle, elle a été l'un des piliers silencieux de l'univers de son frère cadet, Félix Houphouët-Boigny.

La gardienne du temple baoulé

Née en 1901 à Yamoussoukro, fille aînée de Kimou N'Dri et de N'Doli Houphouët, Anne-Marie Faitai n'était pas une sœur comme les autres.
Dans la société baoulé, structurée autour de la filiation matrilinéaire, la sœur aînée est plus qu'une parente. Elle est la mémoire, la garante des us et coutumes, celle qui détient l'autorité morale. Mamie Faitai incarnait cette fonction à la perfection.
Alors que Félix Houphouët-Boigny devenait médecin, planteur, député à Paris puis architecte de l'indépendance, elle restait ancrée à Yamoussoukro, le cordon ombilical qui le reliait à ses racines Akouè, à la terre des ancêtres, aux interdits et aux rites. Pour un chef d'État qui a toujours revendiqué la tradition comme socle de la modernité, cette présence était stratégique. Elle était sa légitimité coutumière.

Le trait d'union politique que personne n'a vu

Son destin matrimonial illustre son rôle politique discret. En épousant Nanan Koba Kouamé, chef du canton Nanafoué d'Attiégouakro, elle s'est retrouvée au carrefour de deux univers de pouvoir.
À une époque où la Côte d'Ivoire coloniale puis post-coloniale était traversée par des rivalités de chefferies, de cantons et de courants politiques parfois opposés à ceux d'Houphouët-Boigny, Mamie Faitai n'a jamais rompu le fil du dialogue.
Elle n'a jamais siégé à l'Assemblée, jamais pris la parole dans un meeting. Son influence ne passait pas par un décret, mais par le conseil donné dans l'intimité, par la parole qui apaise un conflit familial devenu affaire de canton, par la capacité à préserver l'unité de la grande famille Houphouët quand la politique aurait pu la fissurer. C'est une forme de diplomatie invisible, mais que tout le système Houphouët connaissait.

Une maternité au service de la communauté

Mamie Faitai n'aurait pas eu d'enfants biologiques. Dans la logique occidentale, le trait est anecdotique. Dans la logique africaine traditionnelle, il fonde sa grandeur.
Elle a accueilli, élevé et éduqué plusieurs enfants de la famille élargie, assurant la transmission des valeurs, de la langue baoulé et de l'éthique du travail. Parmi eux, Augustin Thiam, futur gouverneur du District Autonome de Yamoussoukro, qui a souvent évoqué l'éducation rigoureuse et protectrice reçue auprès d'elle.
Cette maternité sociale est une dimension essentielle du développement. Là où Félix Houphouët-Boigny pensait le développement en termes de routes, de barrages et de cours du cacao, Mamie Faitai en assurait le versant humain : former des hommes et des femmes enracinés, capables de porter le projet familial et communautaire de Yamoussoukro, qui allait devenir capitale politique et vitrine économique du pays.

L'héritage économique et éducatif

On ne peut comprendre l'essor de Yamoussoukro sans comprendre le rôle de la famille Houphouët. En restant la gardienne du village, en maintenant la cohésion autour de la famille fondatrice, Mamie Faitai a permis à son frère d'avoir une base arrière stable pour mener sa politique de grand développement.
Félix Houphouët-Boigny le lui a bien rendu. En baptisant de son nom l'un des établissements d'excellence les plus prestigieux du pays, le Lycée Mamie Houphouët-Faitai de Bingerville, il a inscrit sa sœur dans la pierre, dans l'avenir, dans ce qu'il considérait comme le pilier du développement : l'éducation des jeunes filles.
Ce choix n'est pas anodin. Donner le nom de la gardienne de la tradition à un temple du savoir moderne, c'est sceller l'alliance que le président a toujours prônée entre culture et progrès.
Anne-Marie Faitai Houphouët-Boigny s'est éteinte le 17 janvier 1998, à 97 ans. Elle repose à Yamoussoukro, dans la sépulture familiale Houphouët, à quelques mètres de celui dont elle fut, toute sa vie, la confidente et la conscience traditionnelle.
Aujourd'hui, à l'heure où l'histoire politique ivoirienne est réinterrogée, son parcours rappelle une vérité fondamentale : les grands hommes ne gouvernent jamais seuls. Derrière le pouvoir visible, il y a toujours eu des femmes de l'ombre, sans portefeuille ministériel mais avec une autorité que nul décret ne peut conférer.
Mamie Faitai n'a jamais porté de couronne officielle. Mais dans la mémoire de Yamoussoukro, sa voix compte encore.

Hosanna JP de Chantal