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Samedi, 15 août

LES NOUNOUS : rideau final sur une chronique sociale devenue phénomène

Publié le 15 août 2026 à 00:35
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LES NOUNOUS : rideau final sur une chronique sociale
LES NOUNOUS : rideau final sur une chronique sociale

La série qui a réinventé le regard sur les travailleuses domestiques à Abidjan vient de s'achever. Et l'émotion est à la hauteur de son succès.

Une fin qui laisse un vide

Depuis le 18 novembre 2024, la chaîne A+ Ivoire a capté son public avec une proposition simple et audacieuse : suivre le quotidien de six nounous aux personnalités complémentaires travaillant dans une cité bourgeoise d'Abidjan. La formule, 26 minutes par épisode, mêlant réalisme et sensibilité pour explorer un univers souvent ignoré, s'est transformée en rendez-vous national.
C'est Hervé Franck Vlehi lui-même qui l'a annoncé : il ne reste que deux épisodes. Son message d'adieu a déclenché une vague de réactions. Sur les réseaux, le ton est unanime : tristesse, nostalgie, et cette phrase qui revient en boucle : "Ça va me manquer" et "On attend la saison 4". Les commentaires parlent d'une série devenue thérapie anti-stress, regardée de la Côte d'Ivoire à la Guinée et au Niger. Une communauté en deuil d'une fiction devenue rituel.

L'œuvre d'un bâtisseur : Franck Vlehi

Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Écrite par Casimir Guelaté Lystoi'r et Stéphane Gando, produite et co-réalisée par Franck Vlehi, la série est diffusée sur A+ Ivoire et A+ Bénin. Ce que pulse.ci qualifiait déjà de "nouvelle série ivoirienne qui séduit les Ivoiriens, signé Franck Vlehi" a tenu ses promesses.
Vlehi n'a pas seulement produit. Il a ouvert. La saison 2, composée de 50 épisodes de 26 minutes, a marqué un tournant panafricain en intégrant des comédiens venus d'autres pays africains. La saison 3, confirmée puis lancée en 2026, a installé définitivement la série dans le patrimoine télévisuel francophone.
Grand homme du cinéma ivoirien, Vlehi est décrit par ses pairs comme "l'humilité personnifiée", celui qui rallume la flamme artistique. Que ce soit Ange Charmeuse remerciant pour le rôle de Madame Moaké Jocelyne ou Mémé Suzane pour Demonsahi, le discours est le même : il révèle, il fait confiance.

Critique d'art : le pouvoir subversif du rire

Sur le plan artistique, "Les Nounous" est une réussite de dramaturgie populaire.
Une sociologie inversée. Vlehi filme le monde des employeurs à travers les yeux des employées. La cité bourgeoise n'est plus le centre, elle est la périphérie comique. Les caprices des enfants, les exigences des patrons, la compétition et la solidarité entre les six femmes : tout devient miroir de nos hiérarchies sociales.
Des personnages iconiques. Si Stéphanie, Dotty, Emma, Affoué, Aïcha et Tatiana forment le cœur, les personnages masculins ont volé la vedette en fin de parcours. TOSCA, interprété par Hervé Franck Vlehi lui-même, en est l'exemple parfait.
L'acteur, qui signe ce touchant "Merci infiniment, Franck, pour la confiance que tu m’as accordée et pour cette opportunité exceptionnelle d’interpréter le personnage de TOSCA", a livré une performance qui a fait basculer la série dans le mème culturel.
Deux scènes ont fait le tour du continent : TOSCA expulsant Mory de sa boutique au cri devenu culte "Si tu es garçon faut partir", et sa tirade d'anthologie lors d'un audit : "Mohodi oh ozambe c'est grand frère de modia". Un mélange de français, de nouchi ivoirien et de lingala ("Ozambé" = Oh mon Dieu) qui a transformé une simple réplique en catchphrase virale. Les commentaires : "Toscar tu es méchant même", "Toscar va devenir fou" – le public jubile.
C'est là toute la force de Vlehi réalisateur : le grotesque contrôlé, la gestuelle théâtrale, le close-up sur la colère feinte. Il filme comme on raconte au maquis, en exagérant pour mieux dire vrai.
Le défaut qui fait son charme. On pourra reprocher à la série ses facilités scénaristiques, ses rebondissements parfois téléphonés. Mais c'est justement ce feuilleton assumé, à mi-chemin entre la comédie et le drame social, qui a créé l'attachement. "Les Nounous" n'a jamais voulu être une série prestige à l'américaine. Elle est une série de quartier, et c'est pour ça qu'elle marche.
En s'achevant, "Les Nounous" ne laisse pas seulement six tabliers vides. Elle laisse la preuve qu'une série ivoirienne, produite localement pour A+ Ivoire, peut créer une mythologie, un langage, et une attente collective pour une saison 4 que le public réclame déjà à cor et à cri.

Hosanna JP de Chantal