Les images virales documentant l'interpellation du pasteur Jérémy par un commando se réclamant des forces de l'ordre soulèvent une immense vague d'indignation républicaine. Des méthodes dignes du terrorisme le plus abject — descente musclée, destruction, saccage du domicile et brutalité inouïe au mépris des règles de procédure — ne sauraient être tolérées. Le Procureur de la République doit urgemment s'expliquer devant la Nation. Sommes-nous encore dans un État de droit, ou l’appareil sécuritaire s'autorise-t-il désormais les dérives d'un pays voyou ?
Il est reproché à ce guide religieux de s’être réjoui de la mort d’un ancien commandant de la rébellion. Je laisse aux spécialistes du droit le soin de qualifier l'infraction, si infraction il y a. Cependant, sur le plan éthique, se réjouir de la disparition d’un homme, fût-il un ancien seigneur de guerre de la rébellion, est une attitude moralement condamnable, particulièrement inacceptable de la part d'un serviteur de Dieu.
Mais la faute morale du pasteur donne-t-elle le droit à l’État de s’affranchir de ses propres lois ? Pourquoi cette démonstration de force disproportionnée contre un citoyen non armé ? Est-ce là la procédure légale en Côte d’Ivoire ? En agissant ainsi, la police met en scène une vengeance spectaculaire qui ternit gravement l'image de notre patrie.
Au-delà de la faute morale, l’Homme d’État se doit d'interroger la Substance psychologique et politique de ce drame. La réaction de ce pasteur n'est pas un fait isolé ; elle est la manifestation humaine et tragique d’un cœur chargé. Elle est le fruit direct du refus obstiné des autorités d'adresser courageusement la question de la réconciliation nationale vraie.
Nous parlons ici d'un ex-commandant, acteur éminent d’une rébellion sanglante qui a décimé des familles entières et endeuillé la Côte d'Ivoire par milliers. Comment peut-on s'étonner de voir surgir de telles colères lorsque les auteurs de barbaries inouïes demeurent impunis, s'installent dans les privilèges et se voient récompensés par la partocratie, tandis que les victimes sont condamnées à ravaler leurs larmes dans l’indifférence générale ?
La psychologie humaine a ses lois que la fiction ne peut abolir. L’impunité nourrit le ressentiment, et le ressentiment enfoui finit toujours par exploser. Dans une République digne de ce nom, qui est le véritable coupable ?
La victime spoliée qui commet l'indécence de crier sa délivrance à la mort de son bourreau, ou l'État déconnecté qui refuse d'organiser la justice et la paix des braves ?
En préférant l'orgueil messianique à la guérison des cœurs, le régime réprime aujourd'hui le symptôme d'un mal qu'il a lui-même entretenu.
Il est temps de curer les placards de l'impunité et de s'asseoir autour d'un Dialogue National Inclusif pour exorciser définitivement les rancœurs de notre Nation.
À vos commentaires !
Konan Kouadio Siméon (KKS)
Président d'Initiatives Pour La Paix (IPP)
Ancien Candidat à l'Élection Présidentielle
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