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Mercredi, 12 août

Bondoukou : Les acteurs locaux outillés pour une gestion apaisée des conflits agriculteurs-éleveurs

Publié le 11 août 2026 à 19:11
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Une vue des participants à l'atelier
Une vue des participants à l'atelier

Dans le cadre du projet ACTIF, une vingtaine d'autorités et de responsables techniques du Gontougo renforcent leurs capacités sur les textes régissant la transhumance et la cohabitation pacifique.
La salle de conférence de la préfecture de Bondoukou abrite depuis ce mardi 11 août et ce jusqu’au 12 août 2026, un atelier de renforcement des capacités sur les textes et lois en vigueur et les outils existants en matière de gestion des conflits entre agriculteurs et éleveurs.
L’initiative réunit une vingtaine de participants venus de la région du Gontougo, notamment des départements de Bondoukou, Sandégué et Transua, identifiés comme des zones où les tensions entre agriculteurs et éleveurs sont de plus en plus récurrentes. Prennent part à cette session, les sous-préfets, les chefs de postes des Services Techniques Déconcentrés (STD) et les Forces de Défense et de Sécurité (FDS).
Cet atelier s’inscrit dans le cadre du Projet d’Appui aux Communautés Transfrontalières vulnérabilisées par l’Insécurité et la Fragilité dans les zones frontalières du nord de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin (ACTIF). D’une durée de 18 mois et financé à 100% par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères de la République Française à hauteur de 2 millions d’euros, le projet est coordonné depuis le 1er septembre 2025 par le consortium Acting For Life. Sa mise en œuvre locale est assurée par l’Association des Éleveurs de Bétails de la Région du Bounkani (AEBRB), sous la coordination de M. Soro Daouda.
L’objectif global du projet ACTIF est de renforcer la résilience socio-économique et la cohésion sociale dans ces zones frontalières fragilisées par la crise sahélienne, le changement climatique et les déplacements forcés de populations et de cheptels.

Relire les textes pour mieux décider sur le terrain

L’objectif spécifique de cet atelier est de renforcer les capacités des autorités administratives, des STD et des FDS sur les textes régissant la mobilité du bétail à l’échelle sous-régionale et nationale, et sur les mécanismes de règlement pacifique des conflits.
Au programme : présentation des textes et mise à disposition des recueils de lois aux participants. Après la projection d’un film sur les enjeux de la mobilité du bétail, la Directrice Régionale du Ministère des Ressources Animales et Halieutiques (MIRAH) du Gontougo, Dr Toily Bénédicte, a présenté la loi n°2016-413 du 15 juin 2016 relative à la transhumance et aux déplacements du bétail. Ont suivi la présentation de la loi N°2021-796 du 08 décembre 2021 par M. Kouassi Kobénan, Directeur Départemental du MIRAH de Transua, ainsi que celle de la Décision A/DEC.5/10/98 de la CEDEAO, du décret 96-432 du 3 juin 1996, du décret N°2024-1007 du 20 décembre 2023 et d’un arrêté interministériel.

Des couloirs de transhumance abandonnés

Présidant l’ouverture, le Préfet de la région du Gontougo, Préfet du département de Bondoukou, Kouadio Gbongbo André, a salué une initiative pionnière.
"Vous faites un peu de pionniers en essayant de vulgariser autant que vous pouvez les textes relatifs à la transhumance. Notre tâche est nécessaire, mais en même temps délicate. Parce que dans le passé, il y avait des couloirs de transhumance qui étaient bien élaborés. Malheureusement, tout cela s’est laissé pour compte. Et aujourd’hui, ce n’est pas étonnant de voir des animaux se promener un peu partout", a-t-il déploré.
Le Préfet a également pointé le non-contrôle du bétail venant de l’extérieur et les risques sanitaires liés aux pays de l’AES, tout en insistant sur la nécessité de conciliation : "Autant vous vendez votre bétail pour avoir de l’argent, autant le paysan vend sa culture pour avoir de l’argent."

Anticiper plutôt que subir

Pour Soro NIngninnin Daouda, coordinateur de l’AEBRB, cette relecture des textes est une répétition pédagogique indispensable.
"Le constat que nous faisons sur le terrain, c’est que souvent, ces acteurs-là interviennent dans le règlement de ces conflits, que ce soit le sous-préfet, le chef de poste d’élevage, ou le Commandant de Brigade. On initie ça pour que ceux-là, qui sont les acteurs clés, puissent vraiment s’approprier ces textes-là", a-t-il expliqué.
Selon lui, le contexte du Gontougo est directement lié à la situation au Bounkani. Le déplacement de populations et de cheptel depuis le Burkina Faso a entraîné une convergence des animaux vers les départements connexes du Gontougo, accentuant la pression sur les ressources naturelles et les tensions.

Vers des Comités Villageois de Conciliation

Pour la Directrice Régionale du MIRAH, Dr Toily Bénédicte, l’enjeu de l’atelier est clair :
"Nous faisons cette relecture pour une mise à niveau des différents responsables. L’idée, c’est de pouvoir réellement passer en revue ces différents textes et prendre des recommandations fortes pour une bonne transhumance dans la région du Gontougo."
Elle a souligné le manque criant d’infrastructures : pistes de transhumance, barrages, aires de pâturage. La recommandation forte attendue à l’issue de ces deux jours est la mise en place effective des Comités Villageois de Conciliation (CVC).
"Dans la région du Gontougo, ces commissions villageoises ne sont pas encore sur place. C’est sous la présidence du sous-préfet, mais au niveau villageois, c’est le chef du village qui préside, accompagné du chef de terre, du responsable des agriculteurs, du responsable des éleveurs, du président des jeunes et de la présidente des femmes", a-t-elle précisé.
À terme, le projet ACTIF vise trois résultats majeurs : mieux anticiper et cogérer les tensions liées à la mobilité, renforcer les capacités productives des ménages vulnérables, en particulier les jeunes et les femmes, et améliorer l’accès équitable aux ressources naturelles.

Hosanna JP de Chantal