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Samedi, 08 août

66e Indépendance : Le discours de Yopougon entre symboles forts et angles morts

Publié le 07 août 2026 à 08:35
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Image d'archives
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Pour ses 66 ans, la Côte d'Ivoire quitte le Plateau pour Yopougon. Après Bouaké en 2025, le pouvoir choisit la commune la plus peuplée, jeune et populaire, longtemps bastion de l'opposition. Le message politique est limpide : la réconciliation territoriale est actée, reste à reconquérir le peuple d'Abidjan.
Dans son adresse du 6 août, Alassane Ouattara déroule un discours de consolidation. Sur le fond, il coche les cases. Il condamne fermement les déguerpissements illégaux de Koumassi - "personne ne peut agir au nom de l'État en dehors de l'État" - et annonce des sanctions. Il annonce la dissolution de la CEI et une nouvelle gouvernance électorale séparant organisation, comptage et observation, répondant enfin à une exigence de l'opposition. Il accorde la grâce à 4.661 détenus.
Sur l'économie, il fait évoluer son récit : exit la seule croissance, place à la "souveraineté". Le PND 2026-2030 et le nouveau Fonds Souverain FSD-CI sont présentés comme les instruments de la "Grande Côte d'Ivoire" qui ne dépendra plus seulement des bailleurs.
Là où le discours coince
C'est justement sur cette "vie concrète" que le discours montre ses limites face aux réalités ivoiriennes de 2026.
Le social survolé : Le président évoque le pouvoir d'achat et l'emploi des jeunes, mais sans un chiffre, sans une mesure concrète. Or la cherté de la vie reste la préoccupation numéro 1 à Yopougon même : prix du riz, du transport, loyers. Le marché de l'emploi reste dominé à 85% par l'informel. Parler d'énergie et de diversité à Yopougon sans parler du chômage des diplômés qui y est endémique sonne creux.
Les inondations sans bilan : Il compatit aux victimes des pluies exceptionnelles, annonce drainage et logements sociaux. Mais aucun bilan humain officiel, aucun chiffre sur les sinistrés, aucune échéance pour les logements. Les Ivoiriens ont vu les mêmes promesses après chaque saison des pluies depuis 2018.
Le politique évité : Le texte parle de "maturité démocratique" et de "renforcement des institutions". Pas un mot sur le dialogue politique avec l'opposition, sur le retour de certains exilés, sur la question de la succession qui hante le RHDP, ni sur la forte abstention constatée lors des dernières locales. La réforme de la CEI est annoncée, mais sans calendrier ni composition.
L'économie sans sa dette : Le discours célèbre la confiance des investisseurs du Groupe consultatif de juillet, mais passe sous silence le revers : une dette publique qui a dépassé 60% du PIB, et un FSD-CI dont on ne connaît ni le capital de départ, ni les ressources qui l'alimenteront. La souveraineté est un slogan puissant, mais comment la financer sans nouvelle pression fiscale ?
Le foncier, grand absent : Koumassi est cité, mais le problème de fond - le foncier urbain, les lotissements litigieux, les conflits en zone rurale liés à l'orpaillage et à la terre - n'est pas abordé.
Au final, le discours réussit son pari symbolique : montrer un État qui s'excuse quand il déborde et qui se projette. Il échoue à répondre à la question que se pose l'Ivoirien de Yopougon ce 7 août : en 66 ans, on a les ponts et la croissance, mais quand est-ce que la vie devient moins chère ?

Hosanna JP de Chantal