Le lundi 22 juin 2026, la salle Fétigué Koulibaly de la mairie de Bondoukou a vibré au rythme d’un message fort : l’or doit être une bénédiction, pas une malédiction. À l’initiative du sous-préfet central Sonh Laurent, élus, chefs traditionnels, jeunes et acteurs économiques ont planché sur les ravages de l’exploitation aurifère illégale et tracé la voie d’un secteur minier responsable, générateur de développement mais respectueux de l’environnement et des lois. L’air était chargé d’une urgence palpable. Face à un « mal pernicieux qui décime la végétation ivoirienne » – l’orpaillage illégal –, la circonscription de Bondoukou a décidé de passer à l’offensive. La réunion d’information et de sensibilisation tenue ce lundi avait des allures de tribunal de la terre : devant les autorités coutumières, les présidents des jeunes, les opérateurs économiques et les chefs de services, le constat était sans appel.
Un essor minier historique, mais à quel prix ?
« Sous l'impulsion du gouvernement, nous vivons un essor dans le secteur minier sans précédent. Notre sol est riche et cette richesse doit être un élément puissant pour le développement de notre nation », a lancé d’entrée Sonh Laurent, principal artisan de cette mobilisation. Le sous-préfet a martelé le double objectif : créer des emplois pour les jeunes et financer écoles, centres de santé et infrastructures. Mais il a posé une condition sine qua non : « Tout minéral est une chance, son exploitation doit se faire dans la transparence et le respect des lois. »
Pour y parvenir, les experts sont montés au créneau. Justin Sadia, directeur régional des Mines et de la Géologie, a détaillé la procédure d’obtention d’une autorisation d’exploitation. Tanoh Kouassi Jean, de la Direction de l’Environnement, a insisté sur l’impérative étude d’impact environnemental et social, garde-fou contre la dégradation des écosystèmes.
L’orpaillage illégal, un poison à plusieurs visages
Le cœur des débats a battu autour du fléau de l’orpaillage clandestin. « Il pollue l’eau, détériore nos terres, nos écoles, compromet l’avenir des enfants et engendre des problèmes de sécurité », a dénoncé avec gravité Sonh Laurent. Le lieutenant Mel Odou, adjoint au commandant de la gendarmerie, a ensuite exposé le rôle des forces de sécurité et les sanctions lourdes prévues contre les auteurs de ces effractions, rappelant que la lutte est désormais une priorité nationale.
Des témoignages poignants ont donné une dimension humaine au désastre. « Nous restions impuissants face à ce phénomène. Mais avec les informations reçues aujourd’hui, chaque chef sait désormais ce qu’il doit faire », a confessé Tole Sié Kobenan, chef du village de Wolekei, exprimant un sentiment partagé par beaucoup.
La voie de la légalité : coopératives et autorisations
Face à ce constat sombre, la réunion a surtout été un laboratoire de solutions. Le sous-préfet a rappelé son action depuis 2021 : campagnes de sensibilisation dans des dizaines de villages (Boromba, Songori, Soko…), ayant conduit à la création de coopératives minières familiales. Preuve que l’alternative existe : la sous-préfecture compte déjà quatre autorisations d’exploitation d’or (dont trois artisanales) et une dizaine en instance de validation.
« L’exploitation légale garantit une meilleure protection de l’environnement, assure la sécurité des travailleurs et permet de capitaliser durablement les retombées économiques », a plaidé Traore Aboudramane, s’exprimant au nom de l’honorable Manzan Koffi Noel. Un appel relayé avec force par l’opérateur économique Brou Benoit Tano, lançant un cri du cœur à la jeunesse : « Beaucoup de jeunes se sont réalisés grâce aux mines légales. Intéressons-nous à ces activités encadrées par l’État ! »
Un plan d’action en six points pour Bondoukou
La conclusion de la rencontre a scellé un pacte collectif, formalisé par des résolutions concrètes : assouplir les conditions d’obtention d’autorisations pour les demandeurs sérieux. Étendre la campagne de sensibilisation à tous les villages de la sous-préfecture.Exiger des ordres de mission à tout opérateur se présentant dans les localités.
Alerter systématiquement autorités administratives et militaires en cas d’orpaillage illégal. Organiser les jeunes autochtones en coopératives conformes à la loi. Faciliter la coopération entre sociétés minières autorisées et coopératives émergentes.
Pour Amadou Ouattara, vice-président du conseil régional du Gontougo, le message est clair : « Ce secteur génère des revenus importants, mais pose des défis majeurs. La sécurité est une préoccupation essentielle. » La lutte, ont-ils tous insisté, n’est pas que l’affaire de l’État. Elle doit mobiliser chefs traditionnels, élus, jeunes et parents.
À Bondoukou, l’or ne brillera plus au prix du sang de la terre. La réunion du 22 juin a posé les bases d’un nouveau contrat social entre la population, ses ressources et son avenir. Le développement, ont rappelé les participants, ne peut se construire sur la destruction. Il doit léguer aux générations futures « un environnement sain et des ressources préservées ». Le compte à rebours pour une exploitation minière responsable et légale est lancé. La circonscription a choisi son camp : celui de la loi et de la vie.
Hosanna JP de Chantal