Bondoukou – L’air était chargé d’une électricité palpable cet après midi du 16 juin. Dans la cour du lycée moderne 1 et 2 , une foule bigarrée se pressait : élèves aux visages crispés par l’attente, parents aux regards à la fois pleins d’espoir et d’anxiété. Les résultats du Brevet d’études du premier cycle (BEPC), session 2026, venaient de tomber, dessinant une carte des émotions où la liesse le disputait à la déception, le tout sur fond de performance historique pour le département de Bondoukou.
Une performance départementale qui rayonne
Les chiffres, froids et officiels, racontent d’abord une réussite collective. Avec un taux de réussite de 48,42 %, Bondoukou s’est hissé au premier rang de la région du Gontougo, devançant nettement la moyenne régionale (43,77 %). Sur les 12 704 candidats régionaux, 5 560 ont franchi le cap. Le département a porté cette performance, avec 3 261 admis sur 6 758 candidats présents, laissant derrière lui Koun-Fao (39,70 %), Transua (35,99 %) et Tanda (36,68 %).
Cette excellence est portée par des établissements phares. Le lycée moderne 2 de Bondoukou (53,83 %) et le lycée moderne de Tabagne (52,29 %) ont montré la voie du public, tandis que dans le privé, le collège Touré Iba a réalisé une percée remarquable avec 56,78 % d’admis. Des chiffres qui sont le fruit, comme le souligne l’administration, des « efforts conjugués des élèves, des enseignants, des encadreurs pédagogiques et des parents d’élèves ».
L’explosion de joie : un hymne à la réussite
Mais au-delà des statistiques, c’est une symphonie d’émotions qui a résonné dans toute la ville. Pour les heureux élus, l’annonce a été un détonateur de bonheur pur. « J’ai trouvé ! J’ai trouvé ! », a hurlé Aïcha K., 16 ans, en sautant sur place, son téléphone serré contre son cœur comme un trophée, avant de se précipiter dans les bras de sa mère. Autour d’elle, une nuée d’amis s’est formée, ponctuant l’air de youyous stridents et de claquements de mains rythmés. Les portables, brandis comme des flambeaux, ont immortalisé des sourires jusqu’aux oreilles et des larmes de soulagement. Certains, incrédules, scannaient encore et encore la liste, cherchant leur nom comme pour s’assurer que le miracle était bien réel. Des groupes se sont formés, improvisant des danses frénétiques sur le trottoir, transformant l’espace public en une piste de célébration éphémère. L’ambiance était à la légèreté retrouvée, aux projets qui fusent : « Maintenant, je vais en seconde A ! », lançait un jeune homme, les yeux brillants d’ambition.
Le silence lourd de l’échec : l’autre face de la médaille
Dans le même espace, pourtant, d’autres scènes offraient un contraste saisissant. Loin de l’effervescence, certains élèves restaient figés, le regard vide fixé sur l’écran de leur téléphone ou sur la liste affichée. Le visage de Mohamed S., 17 ans, était une carte de la déception. « Je ne comprends pas… J’avais travaillé », a-t-il murmuré, la voix brisée, avant de s’éloigner d’un pas lent, cherchant l’isolement. Des groupes silencieux se tenaient à l’écart, échangeant des regards complices chargés de tristesse et d’incompréhension. Certaines filles essuyaient discrètement une larme du revers de la main, tentant de cacher leur détresse. Cette atmosphère de désenchantement rappelait crûment que derrière chaque pourcentage de réussite se cachent des destins individuels et des espoirs différés. Pour eux, la journée s’est terminée dans un silence lourd, promesse de redoublement ou de réorientation.
La fierté des parents : le socle invisible
Au milieu de cette marée humaine adolescente, les parents constituaient le socle émotionnel, vivant chaque instant avec une intensité décuplée. La joie des admis se reflétait, amplifiée, sur le visage de leurs géniteurs. M. Koné, père de famille, ne pouvait contenir sa fierté : « Dieu soit loué ! Tout le sacrifice en vaut la peine. On va fêter ça en famille aujourd’hui ! », déclarait-il, la poitrine gonflée, serrant fermement l’épaule de son fils admis. Des mères, en pagne aux couleurs vives, se sont mises à danser sur place, balançant les hanches avec une grâce joyeuse, leurs rires cristallins dominant le brouhaha. On pouvait voir des pères, souvent plus réservés, afficher un large sourire et sortir leur portefeuille pour glisser un billet à l’enfant « courageux ». Cette joie parentale était tangible, faite de soulagement après des mois de soutien, d’encouragements aux devoirs tardifs et d’investissement financier. C’était la récompense d’un long marathon.
Un bilan en demi-teinte qui appelle à persévérer
Les résultats du BEPC 2026 dans le Gontougo, avec Bondoukou en figure de proue, dessinent donc un paysage en clair-obscur. D’un côté, une performance académique indéniable et des vies qui basculent vers de nouveaux horizons, célébrées dans une effervescence collective. De l’autre, le silence assourdissant de l’échec et le défi du rebond. Ces deux réalités coexistent, rappelant que l’examen est un rite de passage aussi brutal que jubilatoire. Alors que les fumées des célébrations commencent à se dissiper et que les larmes de déception sèchent, une certitude demeure : le parcours éducatif, semé d’embûches et de triomphes, continue. Pour tous, admis ou non, la leçon du jour est peut-être celle de la résilience. La communauté éducative de Bondoukou, quant à elle, peut légitimement savourer sa première place, tout en gardant à l’esprit que chaque élève, dans sa victoire ou son revers, mérite attention et accompagnement pour écrire les chapitres suivants de son histoire.
Hosanna JP de Chantal