Lors de la deuxième réunion ordinaire du conseil régional du Gontougo, le 5 juin 2026, Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre d’État conseiller spécial du président Alassane Ouattara et président du conseil régional du Gontougo, a livré un discours sans concession. Entre remise en cause des pratiques de ses pairs et plaidoyer pour le développement, son intervention a exposé les fractures qui minent la majorité présidentielle dans la région.
Une mise en garde aux conseillers absents : « Vos procurations ne vous absoudront pas »
Dans la salle Fétigué Koulibaly de la mairie de Bondoukou, l’homme fort de la région n’a pas mâché ses mots. Face aux conseillers régionaux, il a dénoncé un « abonnement dans l’absence » de certains élus, rappelant que le préfet est informé de chaque manquement. « Je voudrais qu’au moment venu, quand on va aller au combat, que nous soyons tous sur le même pied d’égalité », a-t-il asséné, laissant planer la menace de sanctions électorales. Un avertissement direct à ceux qui, selon lui, « racontent ce qu’ils veulent » sans participer aux travaux du conseil.
Le secret de sa longévité politique : « Je ne tombe pas parce que je suis fidèle »
Évoquant sa propre résilience, Adjoumani a levé un coin du voile sur ce qui, selon lui, explique sa permanence aux côtés du chef de l’État. « Je ne tombe pas parce que j’ai un bon cœur, parce que Dieu est avec moi, parce que je suis honnête, sincère et fidèle », a-t-il déclaré, en réponse aux rumeurs d’« apocalypse » politique le concernant. Un message clair à ses détracteurs : sa loyauté envers Alassane Ouattara est son bouclier. « C’est peine perdue pour tous ceux qui travaillent à assombrir notre travail », a-t-il lancé, confiant dans le soutien présidentiel.
Sococe à Bondoukou : le développement face aux « jaloux »
Le projet d’implantation d’un supermarché Sococe, porté par la mairie de Bondoukou mais contesté en justice par des commerçants locaux, a été au cœur de son plaidoyer. Pour Adjoumani, cette opposition relève de la « jalousie » et nuit au développement. « Le supermarché ne vient pas concurrencer nos mamans commerçantes (…). C’est pour le bonheur des populations », a-t-il défendu, minimisant l’impact sur l’économie informelle. Il a interpellé le préfet de la région, l’appelant à ne pas céder aux pressions.
Un appel à l’unité du RHDP : « Laissez-le travailler ! »
Dans une région où le RHDP est secoué par des conflits internes post-électoraux, Adjoumani a lancé un cri du cœur à ses militants. « On a fini les élections, il a gagné proprement. (…) Laissez-le travailler ! » a-t-il répété, en référence au maire de Bondoukou. Un message qui sonne comme une remise en cause des actions de certains cadres du parti, accusés de freiner les projets locaux par des manœuvres judiciaires ou politiques. « Autrement, Bondoukou va rester dans le sous-développement », a-t-il prévenu, liant explicitement l’unité politique au progrès économique.
Un médiateur qui commence par sa cour
Promu responsable de la médiation au sein du RHDP, Kobenan Kouassi Adjoumani semble avoir choisi de commencer par son fief. Son discours, à la fois ferme et paternaliste, révèle les tensions entre les élus locaux, les militants et les projets de développement. Mais sa légitimité suffira-t-elle à calmer les dissensions ? Dans le Gontougo, où les rivalités internes ont été exacerbées par les dernières élections, les militants suivront-ils ce leader charismatique, ou verront-ils en ses propos une tentative de consolidation de son propre pouvoir ?
Entre vérités qui dérangent et plaidoyer pour l’unité, l’intervention d’Adjoumani a mis en lumière les défis du RHDP à Bondoukou : concilier loyauté politique, discipline des élus et attentes des populations. Alors que le projet Sococe cristallise les tensions, la question reste entière : le développement durable passera-t-il par l’apaisement ou par la confrontation ?
Hosanna JP de Chantal,