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Jeudi, 04 juin

Bondoukou : Le projet SOCOCE, un séisme pour les commerçants du grand marché

Publié le 04 juin 2026 à 09:51
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Anzoumana Ouattara, maire de la commune de Bondoukou face aux défis de la modernisation de l'économie locale et du cadre de vie.
Anzoumana Ouattara, maire de la commune de Bondoukou face aux défis de la modernisation de l'économie locale et du cadre de vie.

Bondoukou, le 4 juin 2026 – Dans la cité aux mille mosquées, une autre prière, séculaire celle-ci, s'élève aujourd'hui : celle des petits commerçants du grand marché pour la sauvegarde de leurs moyens de subsistance. L'implantation annoncée du supermarché SOCOCE a déclenché une mobilisation inédite, révélant une profonde fracture entre les promesses de modernisation et les réalités du terrain. Pour un citoyen de Bondoukou, cette crise est bien plus qu'un conflit d'urbanisme ; c'est le test ultime de la capacité de la ville à se transformer sans se renier.

La colère des gardiens de l'économie populaire

La fermeture symbolique des boutiques et le recours à la médiation du grand imam ne sont pas des actes anodins. Ils sont le cri d'alarme d'une communauté économique qui se sent sacrifiée sur l'autel du « progrès ». « Nous ne sommes pas contre le développement, explique un commerçant sous le couvert de l'anonymat. Mais on nous parle de baisse des prix et d'emplois nouveaux, tandis que nous, on voit nos familles menacées de perdre le peu qu'elles ont bâti ici depuis des générations. »
Cette crainte touche directement 83 familles de commerçants. Leur angoisse n'est pas seulement économique ; elle est identitaire. Le grand marché est le poumon et le cœur battant de Bondoukou, un lieu de sociabilité et d'échanges qui dépasse la simple transaction. Y implanter une grande surface, perçue comme un géant froid et extérieur, est vécu comme une agression contre l'âme même de la ville.

La « porte sociale-économique » : un passage que la mairie ne doit pas rater

Pour le citoyen observateur, la municipalité se trouve à un carrefour historique. Elle doit impérativement franchir ce qu'on pourrait appeler la « porte sociale-économique » : le moment où les projets de développement doivent prouver qu'ils incluent et protègent les plus vulnérables, au lieu de les écraser. La crédibilité du mandat en cours et la paix sociale future en dépendent.
Plusieurs pistes, issues du bon sens citoyen, pourraient désamorcer la crise : Un dialogue vrai, pas des simulacres : Les concertations passées ont échoué car elles étaient perçues comme des formalités. Il faut une médiation réellement indépendante, associant les chefs traditionnels, les leaders religieux et les représentants de la société civile, pour restaurer une confiance aujourd'hui rompue.
Penser une cohabitation intelligente : Le site alternatif du Zanzan semble éloigné et peu viable. Pourquoi ne pas imaginer une solution sur place ? Une implantation partielle de la SOCOCE pourrait laisser un espace réservé et revalorisé aux commerçants historiques, créant une synergie plutôt qu'une concurrence mortifère. La transition doit être progressive, sur plus d'un an, pour permettre aux uns et aux autres de s'adapter.
Un pacte de solidarité concret : La modernisation ne peut pas laisser des victimes sur le bord de la route. Un véritable plan d'accompagnement est indispensable : un fonds de garantie pour aider à la reconversion ou au déménagement, des formations, et l'engagement ferme de la SOCOCE à embaucher en priorité localement. La compensation doit être à la hauteur du bouleversement causé.

L'avenir de Bondoukou se joue au marché

La crise du projet SOCOCE est un miroir tendu à Bondoukou. Elle pose une question fondamentale : quelle ville voulons-nous pour demain ? Une ville standardisée, où les grandes enseignes remplacent les échoppes colorées et les relations de voisinage ? Ou une ville qui sait évoluer en protégeant son patrimoine humain et social, en intégrant la modernité dans son tissu existant sans le déchirer ? « Les manifestations sont rarement isolées, souligne le citoyen. Elles sont le symptôme de tensions plus profondes. Ici, c'est la peur de perdre son âme face à une globalisation impersonnelle. »
L'issue de ce conflit définira les nouvelles frontières du développement pour Bondoukou. Soit la municipalité saisit cette occasion pour inventer un modèle de gouvernance inclusive, où la croissance profite à tous, soit elle risque de creuser une fracture dont les répercussions sociales et politiques pourraient être durables. Dans la cité aux mille mosquées, l'appel à la concorde et à la justice économique résonne aujourd'hui bien au-delà des lieux de culte. Il résonne sur les étals du grand marché, en attente d'une réponse à la hauteur des enjeux.

Hosanna JP de Chantal