« Le seul combat qu’un homme ne peut remporter est celui contre la mort », disent les Saintes Écritures.
Et cette parole n’a jamais été prononcée pour décourager les hommes, mais pour leur rappeler une vérité simple : même les plus puissants demeurent mortels, et nul ne peut négocier un sursis éternel avec la condition humaine.
Encore faut-il avoir assez de sagesse pour comprendre le sens des Écritures avant de transformer les réseaux sociaux en morgue numérique et en salle d’autopsie imaginaire.
Depuis plusieurs semaines en effet, une étrange confrérie de prophètes du clavier, de nécrologues bénévoles et d’influenceurs en manque de sensationnel a décidé d’annoncer avec une assurance de médecin légiste la mort du Président de la République de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara.
Chaque jour ou presque, c’est la même liturgie du grotesque :
« Cette fois-ci, c’est confirmé ! »
« Source sûre ! »
« Le pouvoir cache la vérité ! »
Et demain, si possible, « révélation exclusive d’un cousin du chauffeur du jardinier du médecin personnel ».
À ce rythme, certains ont enterré le Président plus de fois qu’un chat n’a de vies.
Le plus fascinant dans cette affaire, ce n’est même plus la rumeur elle-même. Non. Les rumeurs ont toujours existé. Le plus fascinant, c’est l’incroyable capacité de certains à survivre au ridicule sans jamais se démonter. Car enfin, lorsque la Présidence publie des vidéos, ils parlent d’intelligence artificielle.
Lorsque le Chef de l’État préside un Conseil des ministres, ils évoquent un montage.
Lorsqu’il reçoit des personnalités en audience, ils crient au deepfake.
Et bientôt, à ce rythme, si le Président serre leur propre main, ils expliqueront probablement que leurs doigts ont été piratés par ChatGPT. Nous sommes passés du débat politique à la science-fiction artisanale.
Pour mettre fin à cette comédie devenue embarrassante, le Président de la République a choisi de faire une apparition publique au Salon international du Livre d’Abidjan.
Et quelle apparition !
Bains de foule, poignées de main, échanges avec les exposants, discussions avec les visiteurs, séances photos…
Le tout sous les yeux de milliers de personnes bien vivantes, elles aussi — du moins jusqu’à preuve du contraire des experts autoproclamés de Facebook et TikTok.
Puis, avec ce mélange d’ironie et de décontraction qui vaut parfois mille discours, le Chef de l’État a lancé cette phrase désormais célèbre : « Prenez bien les photos pour qu’ils ne disent pas encore que c’est l’IA. » Il fallait voir le malaise des fabricants de cercueils numériques à cet instant précis.
Certains ont dû vivre leur premier deuil politique : celui de leur propre mensonge.
Mais non. Même après cela, les voilà repartis de plus belle. Désormais, disent-ils, ce n’était pas le Président. C’était un sosie.
Nous sommes donc officiellement entrés dans une série Netflix à petit budget où les sosies gouvernent, les hologrammes président les Conseils des ministres et l’intelligence artificielle fait campagne au SILA. À un moment donné, il faut arrêter !
Arrêter d’insulter l’intelligence des Ivoiriens.
Arrêter de prendre la population pour une assemblée de naïfs suspendus aux élucubrations de marchands de buzz.
Arrêter de transformer chaque débat national en concours olympique du mensonge le plus extravagant. La démocratie autorise la critique. Elle protège même le droit à l’opposition. Mais elle n’impose à personne d’abandonner le bon sens. Car il existe une frontière entre l’opinion et le délire, entre la critique et la manipulation, entre la liberté d’expression et l’obsession maladive du sensationnel.
Et quand on passe son temps à annoncer des morts imaginaires, à nier l’évidence et à réinventer le réel à coups de vidéos TikTok mal montées, on finit par ne plus apparaître comme des résistants courageux, mais comme des comédiens fatigués d’un théâtre de l’absurde.
À force de creuser le mensonge avec autant d’ardeur, certains ne se rendent même plus compte qu’ils sont déjà tombés dedans. Et profondément. Dieu est fidèle.
Jean Claude Coulibaly
Président de l’UNJCI