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Jeudi, 05 février

Conflit autour de l’exploitation de la mine d’or de Tanda par Endeavour Mining : Les populations de Dibibango et d’Assafo résistent

Publié le 16 octobre 2025 à 13:02
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Les populations autour de la mine d’or disent non
Les populations autour de la mine d’or disent non
La découverte d’un gisement d’or « de classe mondiale » à Tanda, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, devait symboliser un bond économique pour la région. Pourtant, depuis l’annonce officielle du projet par Endeavour Mining en décembre 2024, les villages de Dibibango et d’Assafo vivent dans l’angoisse. Leur destin ? Une délocalisation forcée pour laisser place à l’exploitation minière. Alors que l’enquête de commodo et incommodo, censée recueillir l’avis des populations, s’achève ce 17 octobre 2025, les tensions atteignent leur paroxysme.

Une annonce brutale, un avenir incertain

Le 18 décembre 2024, le préfet de Tanda convoquait les chefs des villages concernés pour leur annoncer l’inéluctable : leurs terres seraient sacrifiées pour la mine. « Cette nouvelle, nous a surpris et laissés perplexes », confie Nanan Kouakou Kreme, chef du village de Dibibango, la voix tremblante. Pour ces communautés agro-pastorales, c’est une triple peine : perte des terres agricoles, destruction des sites sacrés, et éclatement des liens sociaux. « Nos ancêtres sont enterrés ici. Partir, c’est renier notre histoire », lance la reine mère Nanan Affoua N’Groma.

L’étude d’impact environnemental : des révélations alarmantes

Le rapport provisoire du cabinet ENVAL, chargé de l’étude d’impact environnementale dresse un tableau sombre : Destruction irréversible des terres arables et des écosystèmes locaux.
Utilisation de cyanure pour l’extraction de l’or, une méthode risquée pour les nappes phréatiques. Aucune garantie de réhabilitation post-exploitation, comme en témoigne l’exemple local du manganèse.
« On nous interdit déjà de construire ou de planter, comme si nous n’existions plus », s’indigne Djato Kouakou Nicolas, président des jeunes de Dibibango. Les populations dénoncent aussi des promesses non tenues : « Endeavour parle d’emplois, mais à quel prix ? Nos plantations nourrissent des générations », rappelle la reine mère.

Mobilisation générale : la résistance s’organise

Depuis le lancement de l’enquête publique, la sous-préfecture de Tanda est le théâtre d’une mobilisation inédite. Le 10 octobre 2025, des centaines d’habitants et de descendants des villages, venus de toute la Côte d’Ivoire, ont convergé vers les bureaux de l’enquêteur pour clamer leur refus. « Nous croyons en l’État, mais pas au détriment de nos droits », insiste Kas, un habitant.

Le dilemme ivoirien : croissance économique vs droits humains

Le gouvernement ivoirien, promoteur du projet, se retrouve pris en tenaille entre les impératifs économiques et les revendications légitimes des populations. Endeavour Mining, qui se targue de respecter le code minier, affirme vouloir « concilier développement et responsabilité sociale ». Pourtant, les villageois restent sceptiques : « Où sont les preuves ? », interrogent les intellectuels locaux, citant l’héritage de Félix Houphouët-Boigny sur la préservation des terres.

Quel avenir pour Dibibango et Assafo ?

Alors que l’enquête touche à sa fin, les parties attendent le rapport final avec anxiété. Pour les populations, c’est une question de survie : « Si l’État nous ignore, nous irons jusqu’aux instances internationales », prévient un jeune leader. Le conflit de Tanda cristallise un débat plus large : celui de l’équilibre entre les investissements miniers et les droits des communautés autochtones. Dans l’ombre des bulldozers qui menacent leurs paysages séculaires, les habitants de Dibibango et d’Assafo refusent de devenir les oubliés du « miracle économique » ivoirien. Leur combat, au-delà des enjeux locaux, pose une question fondamentale : le progrès justifie-t-il tout ?

Par Hosanna JP de Chantal, correspondant Régional